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Nos cœurs dans les Niagara

On s’est plongé l’un dans l’autre du haut d’une Niagara en croyant qu’on ne se ferait pas mal lorsqu’on retomberait sur Terre. Du moins, l’eau chanterait sans doute plus fort que nos samedis matins couchés dans ton lit à tenter tous les nœuds marins pour coincer nos mains le plus toujours ensemble. Des secondes d’éternité à flotter entre les proximités de nos lèvres collées.

Puis tu es devenu mon partout, mon tout temps. Toutes les chansons d’amour rimaient avec ta voix. On aurait dit que tu avais le Louvre à offrir. T’étais comme une fin de semaine au chalet; tout devenait soudainement plus simple, plus petit mais plus beau aussi. Rire avec toi c’était comme c’était la première fois, comme s’il n’y avait jamais rien eu avant nous. On était excités de se voir à chaque fois comme un baptême de l’air à 30 minutes avant l’atterrissage. Puis nos pieds ont finalement touché l’eau froide. Les éternités entre les sauts et les plongées semblaient si vaines tout à coup.

On s’est plongé hors de l’autre du haut d’une Niagara au sud de ma lunette. On avait prévu de se tenir la main contre tout débit, toute violence et tout courant que la vie pouvait nous souffler, mais tu as lâché la mienne pour remonter à la surface. Pour retrouver ta surface. C’est vrai que c’est terrifiant de se jeter pleins pieds dans des dessous inconnus. On était tout petits et on l’est encore après tout, mais on aurait pu être petits à deux. On aurait pu être grands à deux aussi, ou l’être un peu plus du moins.

Ce qui fait le plus mal ce n’est pas le « flat » en retombant du plus haut des hauts, ni l’eau froide qui te coule dans le cœur, encore moins l’asphyxie ou la panique d’incapacité à remonter à la surface. Ce qui noie très profondément à petit feu mouillé, c’est d’avoir donné sa dernière bouche d’air à quelqu’un qui avait l’intention de remonter seul à la surface.

Tu m’as coupé la main pour partir seul avec elle et depuis moi je pleure des Niagara parce que j’ai à peine eu le temps de te balancer ma main pour te dire au revoir.

J’ai à peine eu le temps de comprendre pourquoi on devait déjà se dire au revoir.

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