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Un film d’amour, ça dure toujours ben juste 1h38

Ce texte n’a pas de destinataire. Je le dépose ici et il va finir dans les yeux de quelqu’un qui porte les mêmes lunettes que moi. Je ne cherche pas la confrontation d’esprits qui se rencontrent. Chacun attache ses souliers à sa façon. Chacun a sa manière d’aimer.

L’hypnose, ou comme les gens aiment l’appeler : le début d’une relation. Quand vous avez l’air de deux légumes à vous manger la gueule des yeux. Quand vous vous demandez chaque seconde ce que vous avez eu l’air en bougeant de cette façon-là ou en disant ça. Vous pognez des fixes sur l’autre et vous dites pas un mot sur la game. Tout vous fait rusher, son regard, son sourire, ses fesses, ses hanches; l’ambiance de l’autre vous amène ailleurs. Vous vivez votre exil dans un monde qui existe juste dans vos têtes. Vous baisez sans arrêt pis c’est bon. C’est ça, les débuts. Tu crois avoir rencontré la perfection et tu te demandes, perplexe, pourquoi quelqu’un a laissé partir ça.

Pis soudainement, pour aucune bonne raison, vous avez votre première chicane. Vous la voyez pas venir. Vos voix montent, y’a des sacres qui s’écoulent de vos bouches sans que vous ayez fait exprès. Ça vous grafigne par en dedans, d’avoir une microfissure dans votre vitre de perfection.

Pour moi, les premières chicanes, c’est le début de la fin. Je ne dis pas que c’est bien, je ne dis pas que c’est normal, mais t’sais quand tu fais un puzzle pis que tu te rends compte qu’il te manque des morceaux? Pour moi, une chicane, c’est comme perdre un morceau. Mon puzzle doit être parfait, c’est pas ben long que j’ai pu le goût de le finir. J’ai beau avoir 266 pièces assemblées parfaitement l’une dans l’autre, la seule affaire que je vois, c’est celles qui manquent.

On dit que lorsque la passion part, l’amour embarque. Selon moi, quand la passion part, il y a des chances que les mauvaises habitudes des relations antérieures reviennent. C’est sûr que c’est bon d’avoir les clés de l’appart’ de l’autre, mais c’est là que la routine s’installe. Au début c’est confortable, mais ça devient invivable. Avant, on s’embrassait comme si c’était nous qui avions inventé le désir. On change notre costume d’amoureux pour celui du couple pressé. Un bec sec le matin, un autre nonchalant le soir. Pis tranquillement, aucun intérêt à se manger la gueule des yeux. Les étreintes à se squeezer trop fort deviennent des caresses blasées. On s’obstine pour la vaisselle pis pour qui va sortir les poubelles. Pour moi, une relation se développe sainement quand les bases du début ne se perdent pas. On doit trimbaler les frissons dans nos bagages du temps. C’est pas toujours évident – en fait ce l’est jamais – de devoir coordonner amour, cercle d’amis, argent, manque d’argent , job, loisirs, ajustements de tout genre, stress pis sommeil, sexe pis manque de temps.

Mon problème, c’est que j’acceptais pas que tu ne me ramasses plus dans le mur tant je te faisais de l’effet. Dès que tes regards devenaient anodins et sans passion, je te le reprochais. Avec le temps, j’ai compris que des reproches n’aident en rien à assoupir mes attentes. Dès que je me rendais compte que tu laissais la passion nous glisser entre les doigts, j’décrochais, je t’en voulais de ne pas vouloir jouer dans le même film que moi. C’est dégueulasse mais ma manière de te dire je t’aime, c’était de te reprocher que tu ne m’aimais pas assez.

J’ai joué avec notre scénario, j’ai voulu créer des choses sous pression, je n’ai fait que détruire celles qui étaient bien en place. Je t’ai aimé comme si je ne t’avais déjà plus. Je t’ai aimé en junkie. Je t’ai aimé comme celle qui comptait manquer de dope et non celle comblée sous l’extase du buzz.

De jours en jours je me suis enfoncée dans une relation qui n’était pas exactement comme je la voulais, en étant une personne qui n’était pas exactement moi.

Je t’ai aimé du mieux que j’ai pu, mais ton univers a croisé le mien à une période de ma vie où mes pieds ne suivaient pas mon cœur.

Il va falloir que je comprenne qu’un film d’amour, ça dure toujours ben juste 1h38.

Par Marie-Christine Desrosiers

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