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Cimetière musulman : le pouvoir de 19 personnes désinformées

En date du 16 juillet 2017, à raison d’un vote de 19 voix contre 16, à Saint-Apollinaire, la communauté musulmane de Québec s’est vue refuser un lieu de repos digne pour ses morts, un cimetière. Des milliers de musulmans et autres supportant le projet se voient freinés net, frette, sec, comme ça, par une infime minorité désinformée et nourrie par la peur de l’Autre. Savaient-ils l’impact qu’aurait leur décision, qu’elle navigue en faveur ou en défaveur du projet? Une décision si simple qui aurait pu faire une grosse différence.

Une grosse différence dans le cœur de la communauté musulmane, à tout jamais ébranlée par les actes barbares survenus en période de recueillement le 29 janvier dernier, dans un des seuls lieux qu’ils peuvent qualifier de « sûr » à Québec. Par « sûr », j’entends « à l’abri de toute forme de discrimination ou de méfiance, qu’elle soit exprimée par un regard furtif dans le transport en commun, par des remarques explicitement islamophobes ou encore par un article médiatique incitant sournoisement à la peur, à la haine ». Une grosse différence qui aurait pu rassurer et apaiser un brin les musulmans du Québec; un acte simple qui n’enlève rien au reste de la population, mais qui aurait pu donner quelque chose d’immense à cette minorité religieuse.

L’issue de ce vote aurait également pu faire une énorme différence pour les Québécois et Québécoises ayant à cœur le vivre ensemble, un souhait intrinsèque de voir tout un chacun se côtoyer sans crainte ni haine préconçue.

Mon Québec abrite le plus ancien cimetière juif toujours en fonction en Amérique du Nord; pour moi, l’idée d’avoir ou non un cimetière voué à la communauté musulmane était un faux débat. Eh bien!

Plutôt que de banaliser la différence et les écarts culturels, un événement comme celui-ci les creuse, crée un sentiment de division. Un tissu social plus troué que la couche d’ozone, dans une société soi-disant ouverte.

Une société d’accueil se doit de prendre soin de ceux et celles qu’elle adopte. Sinon, à quoi bon? Choisir d’accueillir devrait aller de pair avec l’instauration de mesures de base pour que tous se sentent chez soi. Car oui, un endroit où enterrer et se recueillir auprès de ses êtres chers, selon moi, c’est la grosse base. Et toi, te sentirais-tu moins « chez vous » sachant qu’une parcelle de terre en région est allouée aux défunts de la communauté musulmane?

Les événements actuels, pour moi, n’ont rien à voir avec un accommodement raisonnable ou déraisonnable. Il s’agissait d’une décision logique et honorable, d’autant plus significative en vertu des tristes événements qui ont ébranlé le Québec cet hiver. Les immigrants et les gens issus de communautés ethniques diverses que j’ai eu la chance de côtoyés chez moi ont tous une chose en commun : une capacité de résilience et d’adaptation épatante, dans un contexte de perte de repères.

Je rêve d’un Québec qui en fait tout autant face à la différence. Y’a de la place pour tout le monde, et, de l’amour, on est tous capables d’en donner.

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