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Le fruit de ta chair me donne envie de me planter un jardin

« Je veeeux tes eeenfaaants… », balbutiais-je lourdement avant de m’effondrer de la même façon sur l’asphalte froide.

Le reste, je ne m’en souviens plus. Tout ce que j’en sais, c’est lui qui me l’a dit. Il m’a pris dans ses bras, telle une princesse déchue qui vient de se rendre compte qu’elle a vaincu sa malédiction, et il m’a ramenée au château.

Le lendemain, quand j’ai repris mes esprits, la gardienne était partie. J’ai presque fait une crise cardiaque lorsque j’ai ouvert les yeux et que j’ai aperçu à moins d’un mètre de mon visage une naïve paire de yeux bleus, de belles boucles blondes et un sourire fendu jusqu’aux oreilles.

« Papa, Delphine est réveillée! », a indiqué Boucle d’Or. Elliott n’a pas tardé pas à faire son entrée dans mon champ de vision :

« T’es-tu correcte? Hier, t’as pris une méchante débarque. »

« Oui, oui. J’ai juste un peu mal à la tête. »

Il m’a tendu un verre d’eau que j’ai bu d’un rapide débit avant de me faire interrompre par un haut-le-cœur. J’ai couru (ou du moins, quelque chose qui s’en approchait) jusqu’à la salle de bain, et je me suis tamponné un peu d’eau froide au visage. Entre deux grandes respirations, je me suis enfoui la tête dans une serviette. Devant la glace, j’observais les rides creusées par la veille et amplifiées par mon teint de cadavre.

« T’es belle, Delphine. », m’a chanté une petite voix d’ange tout en me regardant par la porte entrebâillée. J’ai étouffé un rire, charmée.

Plus tard, au téléphone avec ma mère, je lui explique que je ne comprends rien de ce qui se passe.

« J’en ai jamais voulu d’enfants, maman. Je sais pas pourquoi je lui ai dit ça. J’avais pas tant bu, je suis sûre que quelqu’un a mis quelque chose dans mon verre. Je suis sûre que c’est ça qui me fait dire des conneries. »

« Moi, je pense que Dieu a écouté mes prières puis qu’il a mis un enfant sur ton chemin pour que tu comprennes que tu en veux, des enfants. Pis à part de ça, y’a aucune drogue au monde qui fait aimer les enfants. T’as juste dit ce que tu ressentais vraiment dans un moment où tu étais vulnérable… »

« J’aime pas les enfants, bon! »

« … T’as dit ce que t’as jamais osé dire parce que t’avais peur! Pis fais-moi croire que t’aimes pas les enfants… tu t’es toujours occupé de tes nièces comme si c’était les tiennes. »

« Peur de quoi? J’ai pas peur… C’est n’importe quoi! »

« T’as peur parce qu’avoir des enfants, ça ferait de toi une adulte pis ça, tu veux pas ça, parce que tu veux rester un enfant. Pis ça, c’est la preuve que tu aimes les enfants : t’as jamais voulu arrêter d’en être une. »

« … »

« … »

« Non. »

« Seigneur. Oui. »

J’ai soupiré. Je pouvais pas dire qu’elle avait tort. Je voulais juste pas dire qu’elle avait raison. Mais je le savais, au fond. Me réveiller devant un chérubin, ça m’a tellement attendrie que j’étais certaine que mes ovaires avaient éclaté de tendresse. Un sentiment qu’auparavant, je n’avais seulement ressenti qu’en flattant mon chat.

« Mais là, je veux pas changer des couches, c’est ben trop dégueu! »

J’ai raccroché. Je peux bien avouer que j’aime les enfants, mais on va y aller graduellement, quand même.

Crédit : Kristen Wong

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