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Inclinez-vous devant The Leftovers

Comme par tradition, je débute cet article négativement : les séries TV, ça n’a jamais été ma tasse de thé. Que cela soit en raison de leur longueur ou du scénario qui se montre trop répétitif, rares sont les productions télévisées qui sont parvenues à m’accrocher jusqu’à la fin. Dans ma tête, le format d’un film était vastement supérieur, possédant une durée raisonnable d’environ deux heures, soit suffisant pour établir les personnages avec profondeur et évoluer à travers un scénario avec assez de jeu pour respirer. Cette même contrainte de temps impose aux films d’être sélectifs en ce qui a trait au développement de leur scénario; on n’a pas le luxe de s’attarder sur des détails superflus ou des personnages secondaires sans grande utilité, ce qui pour moi s’avère être un atout, vu la banalité des sitcoms (comédies de situation) qui s’amusent à s’éterniser sur des détails qui n’amènent AUCUNE progression à l’histoire (ce genre de truc n’est pas fait pour moi)…

Jusqu’à ce que je découvre l’élu. Le Saint Graal. L’absolu des séries de télévision jusqu’à ce jour, le supérieur, le maître. J’ai nommé (inclinez-vous devant Sa Majesté) : The Leftovers. Vaincu, terrorisé, j’ai rampé jusqu’au pied de Son Excellence avec humilité. Chaque épisode m’enfonçait, m’embourbait dans un questionnement existentialiste des plus profonds, et me laissait dépouillé, désemparé, sans espoir de m’en sortir.

Alors, point barre sur ma défaite; faisons plutôt le point sur ce qui rend cette série aussi sublime et unique que je la décris. Le scénario initial est basé sur le livre du même nom de Tom Perrota, les deux partageant une prémisse singulière — 2 % de la population mondiale, soit 140 millions de personnes, disparaissent soudainement sans aucune explication. Le reste, vous pouvez déjà l’imaginer : comment le monde réagit-il face à la disparition d’autant de gens? Comment les gens font-ils face à la perte de ceux qui leur étaient chers? À quel point la vie sociétale est-elle ébranlée? The Leftovers nous offre une fenêtre pour répondre à toutes ces questions, dans sa première saison, dans la ville (fictive) de Mapleton au sein de New York.

Premier constat à la suite du visionnement du premier épisode : je n’ai trouvé la réponse à aucune de mes questions. Tout au contraire, mes questionnements ont plutôt doublé, ce qui me donnait l’impression d’être vraiment stupide et de ne pas suivre une intrigue qui me semblait très découpée. Mais en continuant mon visionnement — en fait, dès le second épisode, il devient évident que The Leftovers n’expose pas son intrigue de façon explicite. Elle la présente plutôt de façon à donner progressivement les pièces du puzzle, et encore, il faut accepter que le puzzle ne sera jamais complet. Soigneusement élaborée par le démoniaque Damon Lindelof (scénariste de Lost), cette série parvient à donner sans cesse du doute à ses auditeurs et à les faire réfléchir. Des questions du genre : « Ce gars existe-t-il vraiment ou est-il le fruit de l’imagination du personnage principal? », « Pourquoi les membres de cette secte agissent-ils de cette manière? » ou encore « C’EST SA FEMME??! », il y en a qui surgissent à la pelletée après chaque épisode.

Outre l’intrigue complètement dingue, je dois ajouter que (de mon point de vue de cinéphile complètement amateur) rien ne me semble laissé au hasard du point de vue du choix des scènes. Il n’y a pas de superflu, de plans qui s’éternisent ou de séquences mal montées, chaque scène est cruciale pour bien suivre le fil de l’histoire. Et que dire des acteurs qui font vivre celle-ci : Justin Le Roux Theroux, qui incarne le personnage principal, un policier tourmenté, est une vraie perle, tout comme les autres acteurs, d’ailleurs. Malgré le sentiment écrasant de désolation et de déchéance que dégage la série (dans sa première saison, du moins), on s’attache néanmoins aux protagonistes autour desquels l’intrigue se déroule, et ce sentiment ne devient que plus fort au fil des épisodes. Résultat, lorsqu’un drame se produit, le sang les larmes coulent. Je n’osais pas encore le dire, mais rien ne sert de le cacher : la teinte délavée et le ton tragique de cette série n’en font pas un spectacle d’humour, tout au contraire… je suppose que c’est le prix à payer pour une production de cette qualité.

Je vous laisse donc sur l’un des thèmes musicaux de la série du génie Max Richter, qui parvient à exprimer, dans toute sa perfection et sa simplicité, ce que c’est, The Leftovers. Oui, je suis un vendu.

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