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Gérer le diable au quotidien

Quand j’étais petite, pour mon premier Halloween, je me suis déguisée en policière. J’étais tellement fière! Jamais je n’aurais cru qu’un jour, je deviendrais agente correctionnelle dans un établissement fédéral pour femmes, et ensuite pour hommes, parce que tout dans ma vie s’enlignait pour que je finisse entre les murs plutôt que d’y travailler… Bref, Dieu en a décidé autrement!

Mon travail consiste à gérer le diable que la société tente d’oublier au quotidien. Comme c’est un établissement de juridiction fédérale, il s’agit de délinquants incarcérés avec des sentences de 2 ans et plus – comparativement au provincial, où les détenus ont des sentences de moins de 2 ans. En termes bien simples, ça veut dire que je gère des personnalités confuses, blessées, carencées au niveau affectif, mental et relationnel au quotidien, et dont plusieurs d’entre elles ont commis des crimes qui ont marqué le collectif. Imaginez vivre intensément des émotions complètement à l’opposé pendant 8 heures de temps de travail, et ce, à longueur d’année, avec des horaires de fou.

Je me considère plus qu’une simple gardienne de prison. Juste le terme m’irrite, parce que je fais plus que surveiller des détenus! Je gère leur cheminement tout au long de leur parcours carcéral afin d’en faire des citoyens respectueux des lois le plus possible. C’est un travail extrêmement exigeant et surtout difficile pour une femme dans un milieu d’hommes; se faire respecter n’est pas une mince tâche. Je le concède, ce n’est pas un univers pour tout le monde! Il n’y a rien au monde qui prépare à travailler dans un tel milieu.

Bon, pour tous les curieux, oui, il m’arrive de regarder des émissions comme Unité 9 ou Orange is the new black, mais à vrai dire, je préfère séparer mon travail de ma vie personnelle parce que, la prison, y a pas grand-chose de positif là!

Gérer le diable au quotidien, ça veut aussi dire accepter de se faire crier des bêtises, se faire intimider, se faire lancer de l’urine ou des excréments, se faire cracher dessus, subir des voies de faits, séparer des détenus lors d’altercations physiques, les empêcher de se faire du mal, etc.

Gérer le diable au quotidien, ça veut aussi dire être constamment confronté à ses propres valeurs, et ça, mon ami-e, ce n’est pas évident. Dans le sens où certains détenus ont commis des délits hautement répréhensibles socialement (meurtre, viols, inceste, etc.) et on se doit de demeurer professionnel quand même, d’offrir des services et un environnement qui leur permettra de réintégrer la société. Parce que oui, ils réintégreront pour la plupart la société, bien que, pour bien des cas, la société aurait aimé qu’on jette la clé à tout jamais…

Sécuritairement vôtre,

Une agente correctionnelle anonyme.

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