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Ma langue, mon amour

« C’est une langue belle, avec des mots superbes », comme le dit la chanson. Elle a bien raison.

Je m’ouvre souvent à vous, je laisse un peu de moi dans chaque ligne que j’écris et, aujourd’hui, je veux vous parler d’un des plus grands amours de ma vie : la langue française. C’est tout aussi important, selon moi, que lorsque je parle de relations. L’amour d’une langue, après tout, c’est aussi l’amour de ses gens.

J’aime le français. Voilà, c’est dit. Malgré ses caprices, malgré ses exigences; je l’ai toujours aimé, pour ses nuances, pour sa richesse, pour sa complexité. Je suis partiellement anglophone et j’ai un amour profond pour l’anglais aussi, mais c’est différent. Pour moi, l’anglais, c’est un bon ami : c’est la langue universelle, c’est la langue pratique. En anglais, je parle et j’écris pour dire les choses comme elles le sont, mais c’est le français qui me fait rêver. C’est mon âme sœur, c’est ma maison.

C’est une langue humaine. Il faut l’apprivoiser, la comprendre. Pour la maîtriser, il faut l’aimer. Il faut se souvenir que les « si » et les « rais » ne s’entendront jamais, qu’il ne faut pas les inviter au même souper. Il faut se souvenir que le participe passé s’accorde seulement avant; qu’après, il prend congé. Le français est une grande capricieuse. Une minute, elle veut quelque chose, l’autre, c’est différent. Vous avez pensé à « bijou, chou, caillou, hibou » aussi, non? Vous pensez aux exceptions, aux détails, à toutes les façons d’écrire le son « o » : « eau », « au », « o »… « Tant de façons pour dire la même chose », certains diront. « Tant de possibilités », je dirai. Le français est une grande anxieuse : elle veut être certaine que vous lui portez attention, elle veut s’assurer de votre engagement. Elle aime vous déstabiliser. Cette langue, ce n’est pas une fille d’un soir, c’est la femme d’une vie et la femme qu’on aime d’amour, on lui accorde du temps, de l’attention. On est patient avec elle, parce qu’on sait que ça va valoir la peine. Il en va de même de notre langue… ou du moins il devrait.

Ça fait 40 ans cette année que la loi 101 a été inaugurée. Je me répète, je suis une semi-anglophone. Je n’ai rien contre l’anglais, ou contre aucune autre langue, mais je crois tout de même fermement qu’il est important de protéger sa langue, notre langue. Comme on prend son temps à aimer une femme, on devrait prendre son temps à aimer la manière dont on le communique. Avez-vous déjà aimé quelque chose quand vous vous y êtes senti obligé? Pour ma part, quand on me force (dans mon cas, ça concerne les maths, le chou frisé, le yoga), je ne finis jamais par aimer ça. Je pense qu’il en va de même pour les gens qui arrivent ici. Au-delà de les forcer à apprendre une langue pour se débrouiller, on devrait leur apprendre à l’aimer. Aimer la poésie de Vigneault tout autant que la douceur des mots de Fred Pellerin ou la dureté honnête et à vif de ceux de Koriass. Il faudrait leur parler de littérature francophone, les exposer à notre culture, à notre vie, parce que la langue, c’est la vie. C’est comme ça qu’on se comprend. C’est comme ça qu’on s’aime, aussi. Au-delà du pratique, du « oui, merci, bonsoir, quart de poulet cuisse, salade de chou traditionnelle », il faudrait arriver à leur faire voir toutes les teintes que peut prendre notre langue, toute sa chaleur dans notre pays de neige.

Le français, c’est la chose la plus forte que je connaisse. 400 ans et des poussières dans un berceau de froid et d’hostilité et elle survit à chaque hiver. Elle est forte, notre langue, elle est à notre image. C’est notre amour qui la fait survivre et ce qui est vraiment beau avec l’amour, c’est quand on arrive à le partager. La langue française n’est pas une égoïste. Elle a une place dans son cœur pour chaque personne qui veut bien prendre le temps de s’y nicher – mais c’est long à se construire, une maison.

Je le dis, je le répéterai : le français est une langue qui veut et qui mérite de se faire courtiser. On ne force pas l’amour : on y travaille, on le couve, on le laisse nous bouleverser. Pour ça, ça prend de la patience, ça prend du temps. Il faudrait peut-être se l’accorder.

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