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L’amour ne tient qu’à peu de choses

Donner son coeur à quelqu’un fait peur. C’est horrible, ça chavire, ça secoue, ça nous lie mystérieusement à l’autre dans une aventure qui échappe à toute rationalité. Ça implique de s’abandonner complètement et de se montrer sous une vulnérabilité qui peut nous détruire à tout moment. Mais on n’y échappe pas. Être bien avec quelqu’un ne suffit pas. On ne choisit pas d’être amoureux, on le vit, on le subit.

J’ai levé la tête. Elle était là. À quelques pas de moi, de plus en plus près car elle semblait elle aussi bien contente de me voir. Le feu s’est allumé dans mes yeux à l’instant même. J’ai tenté de ne pas lui montrer. Raté? Peut-être pas. On se connaissait déjà, donc le fait de la revoir après toutes ces années camouflera sûrement la joie de l’avoir devant moi, à quelques centimètres de moi. Quand nos regards se sont recroisés à nouveau, ce soir-là, le naturel est revenu bien assez vite, comme y a 7 ans, comme si c’était hier.

« Salut! Content de te revoir! » Le classique, quoi. Deux baisers sur les joues en prime. C’était plus que le classique. Pour ma part, du moins. Son regard m’a subjugué (je ne croyais pas devoir employer le mot « subjugué », mais il est de mise).

Subjugué.
On s’est revus.
Encore et encore.
On s’est écrit, pour tout et pour rien. Où passer 15 minutes sans le faire révélait un semblant de délaissement. Un semblant de dépendance affective bien gérée. Je me suis senti important. Je la faisais sentir importante. J’essayais, du moins, je le sentais, je le vivais.

On dit que le bonheur est dans les p’tites choses. Avec elle, ces petites choses devaient être répétitives car mon bonheur était présent à tout moment.

Dans la vie, tu sais que tu es heureux avec quelqu’un quand une simple virée dans une fromagerie te comble. Tu sais que tu es heureux avec elle quand le fait de te faire réveiller par ses deux petites puces qui ne sont pas les tiennes, d’un et presque trois ans, à coups de « Maman… Maman! … Maman!! MAMAN!!!!!!!???? » à 5 h 30 du matin un samedi, te réveille quand même avec le sourire.

Tout le monde aspire au bonheur. Tout le monde veut être heureux. Mais ce n’est pas tous qui, malheureusement, y parviennent. Tout dépend de ce que tu recherches, ce qui t’allumes, ce que tu désires. Moi j’y étais presque. À quelques centimètres, à quelques kilomètres. J’étais près. J’y touchais presque, je le ressentais totalement. C’était elle. Elle était là, à portée de main.

Chaque regard, chaque mot, chaque agrippage de fesse me faisait dire que c’était elle. La lumière bleue de notification sur mon cellulaire qui s’allumait chaque 5 minutes durant presque 2 mois me faisait sentir privilégié, me faisait sentir important. Elle voulait me parler, me faire savoir, me signifier. C’était important, ce qu’elle avait à me dire? Non. Mais elle le faisait et c’est tout ce qui importait. Elle pensait à moi.

Je prenais chaque signe comme LE signe. Celui qui allait lui signifier qu’elle ne pourrait plus pouvoir se passer de moi un jour, comme moi qui ne pouvait plus se passer d’elle depuis toujours, depuis ce jour.

L’amour ne se développe pas de la même façon en chacun d’entre nous. Nos blessures passées, notre vécu, les gens qui ne nous appréciaient pas à notre juste valeur et qu’on a fréquentés nous laissent des traces, des marques pas toujours visibles mais ô combien marquantes. Parfois, on est très bien avec quelqu’un mais il nous manque quelque chose. Cette chose. Que l’on ne peut nommer. Que l’on ne peut décrire. Qui nous bloque et nous empêche d’avancer. Qui nous empêche d’aimer autre chose que ce que nous avons vécu jusque-là, jusqu’à moi.

Y a aussi tous ces moments qui sont superflus, certes, mais combien importants, avec l’entourage. C’était le match parfait. Pour ma part du moins. Sa famille, ses amis. Toute sa famille. Mes amis. Tous mes amis. Ils se plaisaient à dire comment nos regards étaient complices. Voire remplis de « C’est toi que j’ai choisi. C’est toi que j’veux. » L’envie était presque palpable dans leurs voix. Dans mes oreilles du moins.

De jour en jour, on en vient à se dire que c’est positif, que ça y est, que c’est elle. Que c’est moi le sien avec tous mes défauts et que c’est elle la mienne avec toutes ses qualités.

J’adore chaque moment insignifiant avec elle. J’ai adoré chaque moment significatif avec elle. Mon téléphone s’ennuie désormais de la fréquence de l’illumination de sa lumière bleue autant que je m’ennuie de l’illumination de sa personne. J’y ai cru dans toute la splendeur de sa personnalité qui a son passé et qui n’était pas prête à s’investir. J’y ai cru dans tout le temps que j’aurais mis à attendre afin qu’elle le soit. Son temps étant le mien.

La vie se poursuit, elle se poursuit toujours peu importe les bons coups ou les épreuves. Je ne changerais rien de ce que j’ai fait car je sais que tous mes gestes, paroles et actions étaient sentis, ressentis. Mais aussi bien que nous étions, aussi bien que nous le voulions, et comme l’amour ne tient qu’à peu de choses, eh bien malheureusement, je l’aimais d’amour et elle non…

Par Patrick Laperrière

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