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Être sexiste malgré soi

Le sexisme ne te concerne pas. Tu es un gars du 21e siècle. T’as appris à faire la vaisselle, à te servir des chaudrons, à faire ta lessive sans mélanger les vêtements délicats avec le reste. Tu n’as aucun problème à admettre l’égale dignité des femmes et à reconnaître leurs facultés cognitives comme étant les mêmes que les tiennes. Mieux, tu fustiges cette société qui rend l’ascension sociale et professionnelle plus ardue pour les femmes. Merveille, ô merveille; tu comprends le concept du genre, c’est-à-dire le fait que les différences visibles entre les sexes ne sont pas naturelles, mais construites par la société. Que pourrait-on te reprocher dans ce domaine? Si tu te reconnais dans les descriptions suivantes, cet article est pour toi.

Ma copine, qui depuis quelques années est devenue très sensible aux combats actuels des femmes, m’a un jour fait part de certains de mes comportements sexistes. Elle a su bien peser ses mots et ne pas m’accuser de l’infâme étiquette de sexiste. Pourtant, j’étais choqué, mais pas juste un peu. Moi! Moi qui perd trop souvent mes moyens lorsque je suis devant une belle femme, tellement je la révère et la mets sur un piédestal. Moi qui ai manifesté dans les rues pour soutenir les luttes des femmes. Moi qui cuisine probablement plus qu’elle! Bon, d’accord, je regarde souvent de la porno et je n’en suis pas très fier et je comprends les répercussions que ça peut avoir non seulement sur les femmes qui évoluent dans cette industrie, mais sur notre représentation collective de ce qui est attendu du comportement sexuel féminin. Mais bon, je sais que c’est une faiblesse et j’en ai honte, ce qui est une faute à demi pardonnée, non?

« As-tu remarqué, m’a-t-elle dit, que, sans t’en rendre compte, tu coupes souvent la parole…. aux femmes et non aux hommes? Quand une conversation porte sur un sujet traditionnellement masculin (politique, gestion de portefeuille, investissement, économie, sociologie, etc.), prêtes-tu vraiment la même attention aux opinions des femmes? En classe, quand une étudiante est sur le point d’exprimer un commentaire, n’as-tu pas, inconsciemment, le sentiment que ce commentaire risque d’être moins pertinent que celui d’un étudiant? » Et moi de répondre : « Fuck you! Voyons, c’est clair que je n’ai pas ce genre de comportement. » Plus tard dans la soirée, toujours outré de ces accusations, je me remets à penser à tout ça et à ce mot qu’elle a utilisé : « inconsciemment ».

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Le temps passe. Les soirées entre amis s’accumulent, les cours universitaires aussi. Au bout de quelques mois, ma blonde, et moi aussi (je sais être introspectif), avons accumulé contre moi-même une longue liste d’accidents incriminants. Le verdict est que j’ai tendance, et cela exclusivement avec les femmes, à vouloir obtenir une position dominatrice dans mes échanges. Je coupe davantage la parole, je tiens à avoir le fin mot d’un débat, j’hésite moins à contre-argumenter. Grand lecteur, trop peu d’auteurEs. Et finalement, je forge mes opinions politiques et sociales presque exclusivement à partir des conversations que j’ai avec les hommes.

Comme quoi être véritablement féministe, ce n’est pas seulement participer aux tâches ménagères. Ce n’est pas non plus seulement une volonté de traiter également tout le monde. Parce que les schèmes de la domination masculine s’immiscent dans les réalités les moins apparentes et qu’ils sont souvent inconsciemment assimilés, il faut, en tant qu’homme sensible à l’égalité des sexes, continuer d’être vigilant et se suspecter soi-même.

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