Menu

Je pense trop

Je suis de ceux qui analysent tout de long en large et qui finissent par s’imaginer des scénarios impossibles. Je suis aussi de ceux qui ne dorment jamais à cause de ça. Je peux prendre un moment banal de ma journée et le tourner en histoire d’horreur pour laquelle j’angoisse toute la nuit. On me dit régulièrement que j’exagère, que c’est moi qui m’invente des histoires où il n’y en a pas.

J’ai une mémoire hors pair pour me souvenir des moindres faits et gestes d’une situation qui m’a marquée. Je peux revivre cent fois la même scène, de mille façons différentes. Je peux aussi me remémorer les moments les plus gênants de ma vie et avoir la face qui chauffe de honte, même si ça fait trois ans que ça s’est passé. J’arrive même à modifier des séquences de ma vie pour qu’elles soient comme j’aurais voulu qu’elles le soient.

Je suis maître dans l’art de trop analyser une situation. Je peux transformer une simple rencontre dans la rue en gros mariage cher. Je peux faire de toi mon prochain fiancé avec un seul regard. J’ai un comité d’amies qui analysent autant que moi derrière chaque conversation importante.

Je rêve debout bien éveillée à presque toutes les heures de la journée. Je peux partir dans la lune retrouver mes histoires inventées à tout moment. Je prends en considération toutes les options possibles d’un même événement. Du moindre petit trébuchement honteux dans les escaliers à une moi ivre qui tombe partout au bar. Dans ce dernier cas, je préfère ne pas m’en rappeler.

Je pense trop. Je pense aux pyjamas que je porte avant d’aller dormir, je me dis que, s’il y avait le feu, j’aurais l’air fou devant mes voisins, juste en grosse bobette laide. En plus, j’aurais sûrement froid. Alors, je me relève du lit pour aller me changer.

Je pense trop quand je commande un café. La barista me juge, parce que ça me prend trois minutes choisir à savoir si je prends un décaféiné, puisqu’il est passé midi.

Je pense trop quand je choisis mes mots devant une conversation Tinder. Souvent, j’efface et je ne réponds juste pas. Moins compliqué, t’sais.

Je pense trop quand je pense tout court et j’analyse à peu près tout ce qui m’arrive.

Source

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de