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Du temps de lousse

Cet après-midi, j’ai eu du temps de lousse mais imprévu, du genre « je l’ai su à dernière minute ».

Du temps à tuer. Ben, pas tuer comme dans « Je vais faire un meurtre! », non non, car le temps, il est pas malin ni méchant. Long des p’tits bouts, court d’autres fois, mais pas méchant. Sauf quand il est bon. Bon comme dans « on a eu du méchant bon temps ». Pas pareil. Du temps de libre comme ça ne nous arrive pas assez souvent. Du temps à se demander ce qu’on ferait bien pendant ces 2 heures de trop là. Comme si ça existait, 2 heures de trop, compte tenu que, du temps, on en manque tout le temps pour tout. Avec du temps de trop à dépenser, tu ne t’attends pas à un projet ben ben excitant. T’attends juste qui passe.

Pis cet après-midi-là, j’en avais, du temps à tuer, donc je me suis dit : « Y fait beau, y a un bois pas loin, j’vais aller marcher. » (Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un marcheur naturel dans le bois. Faut me le demander 2-3 fois au moins. BON OK, me traîner de force… Le plus longtemps que j’ai marché dans le bois c’est dans l’allée des bâtons Sherwood à l’Entrepôt du Hockey. Mais à mes heures, un coup rendu entre les conifères pis les feuillus, CHU BEN. Chu ben, entouré d’arbres, de feuilles pis de gens que tu croises en essayant de deviner si c’est du genre à te dire « Salut! » lorsque vous serez à quelques mètres ou si tu vas être seul à les saluer sans rien avoir en retour. J’ai donc eu ma part de p’tits signes de tête mutuels voulant dire : « On a eu la même idée de venir icitte, donc respect. »)

J’ai dû marcher au total un bon trois heures. Les mêmes deux heures que j’avais à tuer mais que je n’avais pas prévues, qui font t’apercevoir qu’y a le temps de s’en passer des affaires durant deux heures, plus une autre heure à me demander « ben voyons chu rendu où moé là, il me dit rien c’t’arbre là.. ». Pas de montre, pas de cellulaire (ma batterie est morte pendant le trajet), alors je n’ai pas regardé l’heure une fois et j’ai jamais été scout donc je pourrais pas dire qu’il est à peu près 15 h 30 selon la légère inclinaison des feuilles d’un peuplier… (légère inclinaison… donc un peu plié… seul jeu de mot du texte, promis).

Je me suis donc aventuré dans le sentier et, au bout d’une heure de marche quand même rapide, un banc m’a dit : « Viens dont t’asseoir, t’as une crampe. » Fait que chu allé. Après à peu près cinq minutes, un groupe de marcheurs (eux, c’étaient des naturels, ils avaient des bâtons de marche pis des kits d’au moins 500 $) s’est amené à mes côtés et un p’tit monsieur du lot s’est mis à me fixer. Pas fixer dans le style « chu entrain de pogner le fixe ». Pas du tout. Un fixage malaisant. Malaisant, niveau « je m’enfarge dans les escaliers en allant m’asseoir à mon siège avec un pop-corn pis une liqueur dans les mains dans une salle bondée au cinéma ». Après avoir croisé 3 fois son regard, le voyant toujours me fixer, j’y ai souri. Il m’a souri. Il est venu s’asseoir à côté de moi et il me dit :

« Ici, tu peux trouver toutes les réponses que tu veux. »

Moi : (……. ah oui?)

Lui : « Oui. Si t’as une interrogation dans la vie, trouve-toi un bois et pose ta question pis t’auras ta réponse. Bonne journée. »

Il s’est levé et est allé rejoindre son groupe, puis ils sont repartis quelques minutes plus tard. Là c’est moi qui ai pogné le fixe. J’ai comme eu une chaleur en dedans. Un sentiment indescriptible. Assez spécial. Pas un autre membre du groupe ne m’a salué ou parlé sauf lui, facilement septuagénaire sans me tromper. Je l’écris pis j’entends encore sa voix. Ma crampe et moi on s’est levés, pis on est repartis.

Le retour m’a donc pris une bonne heure de plus. Pas que j’avais ralenti mon rythme, mais plutôt qu’y avait plein de réponses aux questions que je me posais qui me venaient facilement en tête, disons. Pour être honnête, ça m’a shaké. Des questions, je m’en pose tellement ces temps-ci qu’il faudrait que j’me construise une cabane pour y rester dans le bois. Non sérieux, pas mon genre, mais MERCI p’tit monsieur en Under Armour de la tête aux pieds pour ces peu de mots mais qui m’ont ô combien frappés drette au cœur.

J’avais du temps à tuer, j’ai plutôt trouvé du temps à naître, ch’cré ben… On va se revoir, le bois, j’ai ben du bouleau à faire sur moi. S’cusez, y aura eu deux jeux de mots, finalement…

Par Patrick Laperrière

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