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Retrouvailles : oui, non peut-être?

Nous étions jeunes et beaux et boutonneux et sans bedaine, et mon dieu qu’elles étaient belles et nobles dans leur robe de bal et leur coiffure alambiquée. C’est ainsi, pour plusieurs d’entre elles, que je les ai vues pour la dernière fois. Elles m’ont pourtant tant fait rêver et perturber avec leur poitrine qui se déployaient, leurs fesses qui s’accroissaient et leurs hanches qui s’arrondissaient. Elles étaient les planètes impénétrables que j’exploraient avec le télescope de mon désir cosmique durant mes minables cours de français. C’est avec elles que j’ai vécu mes plus fortes émotions, celles qui vous tordent l’estomac, vous placent des bombes dans la poitrine et vous font flageoler des jambes.

C’est avec eux que je purgeais ce trop-plein. Nous discutions TOUT LE TEMPS de celles que nous préférions, des impressions qu’elles nous faisaient quand elles portaient certains vêtements coquets. Nous créions la femme parfaite, formée des seins de l’une d’elles, de l’intelligence d’une autre, du regard d’une tierce, etc. C’était les miens, ceux avec qui je buvais la fin de semaine venue, ceux avec qui je planifiais mes stratégies pour plagier lors des examens, ceux dont je recopiais les devoirs 3 minutes avant le début des cours.

Ça faisait 10 ans!

Ça m’excitait d’y aller depuis plusieurs semaines. Et pourtant, ça n’allait pas de soi. En 10 ans, j’ai perdu mes cheveux, pris de la bedaine, perdu de mon lustre juvénile. Je suis encore aux études, alors que je sais que certains font de leurs comptes en banque des cavernes d’Ali Baba et entrevoit leur carrière comme un horizon infini. Ai-je envie d’avoir à assumer devant tous que je n’ai pas de projets de carrière bien définis, que tout ce que je souhaite c’est d’être un écrivain pauvre et célébré 50 ans après ma mort? Et puis, si je ne les vois plus, Facebook me raconte leurs voyages et leurs amours, m’expose leur sourire béat, me divulgue leurs opinions sur les carrés rouges. Facebook a tué l’absence (ou bien il l’a accrue).

retrouvailles secondaire
Moi au secondaire.

Alors, j’y vais ou non?

Ah merde! Il y a aussi les quelques-uns qui ont été tristement et gratuitement élus come les bouc-émissaires de nos violentes aspirations à être admirés. Fuck, comme je me sens mal!

J’y vais ou non?

Oh, et peut-être qu’ELLE y sera, peut-être qu’ELLE aura encore ses infinis yeux océaniques, peut-être qu’ELLE les fera migrer dans les miens, comme avant, comme il y a 10 ans.

Putain, j’y vais ou pas?

Source photo de couverture

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