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Le mauvais gars

C’est avec le cœur libre et l’amertume envolée qu’elle m’est apparue. Elle était là, tout près, un verre à la main. Ses yeux que je fixais, presque cachés par sa chevelure légèrement bouclée, me disaient que ce n’était pas son premier. À moins qu’elle ait encore pleuré? Pleuré pour qui, pleuré pour lui? La soif pour noyer sa peine était perceptible. Sait-elle que la peine sera toujours là demain? Elle ne meurt jamais noyée, cette peine, mais prend plutôt l’alcool comme bouée.

Les mauvais sentiments sont souvent les plus forts pour quelqu’un qui n’a connu que du malsain, que du toxique. Mais son cœur en redemande, il ne sait pas faire autrement. Son corps ne se laisse pas approcher par du doux, par du bon. Le doux est rugueux, le bon goûte mauvais.

J’aimerais m’avancer vers elle et lui offrir mon épaule, mais elle n’aura rien d’apaisante car elle croira sûrement que tout ce que je veux, c’est profiter de sa tristesse, de son moment de faiblesse. Elle aime être celle qui court, être celle qui s’accroche, être celle qui a mal. Le mal la rend vivante, il lui rappelle qu’elle existe.

Juste la regarder me donne l’impression que je suis là pour elle. Tout à elle. Mon sourire ne demande qu’à lui être donné. Mon cœur et mon esprit se lèvent pour aller lui dire que tout ira bien, mais mon corps est gelé, fixé au sol. Elle ne me voit pas, et pourtant, nos yeux se sont croisés tellement souvent. Un signe de sa part et je serai à ses côtés. Je ne veux que lui offrir de l’aimer vraiment. Comme ces couples qui s’aiment en ayant le regard du « nous » tout en n’oubliant pas le visage du « je ».

Je connais tous ces gestes qu’elle fait quand elle est heureuse et quand elle est maussade. Quand elle grogne ou quand elle sourit en pensant à lui. J’ai eu envie d’aller le voir pour lui dire comment l’aimer, comment l’apprécier comme moi je le ferais. Mais l’aimerait-elle encore ensuite?

Ne me dites pas que c’est parce qu’elle ne s’aime pas, qu’elle ne se respecte pas. Mais c’est quoi, l’amour? Ce qu’on donne, ou bien ce que l’on aimerait recevoir? Le cœur qui brûle, les chaleurs au corps et les mains moites interfèrent avec toutes ces fois où il t’a blessée. Par la façon qu’il te parle, par la façon qu’il te bat. Pas physiquement mais mentalement, et les blessures mentales tardent souvent à guérir, je le vois bien, bien que je ne les voie pas.

Toi qui es là, tout près et si loin en même temps, trop loin pour m’entendre. J’aurais envie de crier. Qu’est-ce que tu ne comprends pas? Qu’est-ce qui te fait rester là d’dans? Ne crois-tu pas mériter mieux? J’en conviens, tu as ta propre définition du « mieux » pour toi. Le croiras-tu encore longtemps? Son corps de rêve m’empêche de dormir et son cœur de pierre me donne des cauchemars.

Tes cheveux ne sont pas faits que pour être tirés, tu sais, mais aussi pour être flattés. Il arrive à te serrer dans ses bras autrement que sans vêtements? Sécher tes pleurs différemment que par le temps?

Si tu y tiens tant que ça, je saurai moi aussi te décevoir, te choquer, t’énerver, te faire questionner pour tout et pour rien, mais par-dessus tout, t’aimer, te respecter, te chérir et ne pas vouloir te changer. Tu ne mérites pas tout ce mal que tu te donnes à être malheureuse. Je pourrais te le prouver sans tous ces mots, sans tout ce texte qui me donne l’air d’être plus-que-parfait mais qui aimerait seulement rendre ton futur simple avec toute mon imperfection. Je ne veux que te rendre heureuse. Que tu sois à 1 ou 10 sur ton échelle de bonheur, j’aimerais être celui en bas à tenir l’échelle.

Pourquoi c’est si dur à voir? Dans mon visage, cette réalité toute crue. Tanné de jouer l’hymne au bon gars. La mélodie du respect est remplie de fausses notes et il est présentement ton chef d’orchestre. Ça pourrait être une leçon pour moi, j’ai justement besoin d’apprendre. Apprendre à tomber pour la bonne fille.

Mais dis-moi, et si j’étais le mauvais gars, m’aimerais-tu un peu plus? Juste pour une fois, juste pour cette fois, le genre de fois qui dure toute une vie.

Par Patrick Laperrière

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