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À toi qui crois que la culture du viol n’existe pas

À toi qui crois que la culture du viol n’existe pas ou qui ignore ce dont il s’agit :

Dans tout le répertoire du vocabulaire de la langue française, j’ai d’abord envie qu’on se parle de deux petits mots de seulement trois lettres chacun, qui ont une importance et un pouvoir beaucoup trop sous-estimés : OUI et NON.

Ces deux mots, ils te semblent sûrement insignifiants tellement on les utilise souvent. On te demande si tu veux de la salade comme accompagnement et tu dis « oui », ou encore on te propose de remplir un sondage et tu réponds « non merci »; dans tous les cas, le message est clair et bien compris, aucune zone grise. On sait que oui c’est oui et non c’est non, et personne ne vient contredire cela. C’est simple et évident, non? Alors, comment se fait-il qu’il y ait tant de confusion lorsque que l’on parle de ces deux mêmes mots dans un contexte de consentement sexuel? Soudainement, le « non » semble perdre sa clarté et devient un « la personne a dit non, mais t’sais, il/elle n’a rien fait pour arrêter pis ça avait l’air de lui tenter » et le « oui » est trop souvent sous-entendu sans même en avoir la confirmation réelle.

C’est peut-être le manque d’information à ce sujet qui fait en sorte que plusieurs n’ont pas conscience de l’ampleur du phénomène qui touche la notion de consentement et les agressions sexuelles. En fait, la violence à caractère sexuelle est sournoise, et lorsque nous ne sommes pas informés et vigilants, elle s’installe autour de nous sans que nous en ayons même conscience tant certains comportements sont banalisés.

La violence sexuelle, ce n’est pas juste cette image d’un demeuré qui, le regard fauve, brandit son couteau dans un fond de ruelle avant de déchirer une petite culotte. Cliché qui, soit dit en passant, est rapidement détruit lorsqu’on sait que près de 80 % des victimes connaissaient leur agresseur!

La violence sexuelle, elle se révèle parfois lors d’une conversation entre amies, quand, en soupirant, une fille dit avoir laissé son chum avoir une relation sexuelle même si elle n’avait pas le goût ce soir-là.

C’est aussi l’écolière qui, timidement, dit à son prof que des élèves ont fait des commentaires déplaisants et vulgaires sur ses seins et que celui-ci lui fait comprendre que ce n’est pas grave, de les laisser faire.

Une agression, ça peut aussi être le gars qui fait rire de lui par ses boys lorsqu’il dit s’être fait frenché par une fille au bar même si ça lui tentait pas et qu’il n’a pas été pris au sérieux lorsqu’il a tenté de la repousser.

C’est la personne âgée qui n’ose pas dire à ses proches ou à un intervenant qu’une personne en position d’autorité a violé son intimité et a abusé d’elle, de peur d’avoir des représailles ou simplement qu’on ne la croie pas.

Ces moments te rappellent peut-être des expériences personnelles, de près ou de loin. Eh bien, c’est comme ça qu’on nourrit la culture du viol, consciemment ou non, en mettant le blâme sur les victimes, en invalidant leur vécu et leurs sentiments.

Tu penses que j’exagère? Laissons parler les faits. On estime que c’est une femme sur trois et un homme sur six qui ont été victimes d’au moins une agression sexuelle1. Au cas où tu ne l’avais pas encore constaté, C’EST ÉNORME. C’est aussi plus de 61 % des adultes au Canada qui disent connaître au moins une personne proche ayant déjà vécu de la violence sexuelle ou physique2, du moins, pour ceux qui ont eu le courage de dénoncer.

En y pensant dernièrement, je me disais que j’avais la chance de n’avoir jamais vécu de près une agression physique à caractère sexuel. J’ai tout de suite été bouleversée du sens de ma réflexion. Est-ce normal d’en être arrivé à voir cela comme une CHANCE de ne pas être victime d’agression sexuelle? Comme si ne pas vivre cette affreuse expérience était un cadeau de la providence. Et puis, après, j’ai réalisé que j’étais tombée dans le même piège auquel j’essaie justement de te sensibiliser dans ce texte. J’ai repensé à des commentaires obscènes associés à ma féminité et mes attributs, j’ai eu des souvenirs de garçons trop insistants, tous ces comportements que j’ai moi-même banalisé et qui font qu’au final, je comprends que je fais probablement aussi partie des tristes statistiques.

Je crois que ce n’est pas en donnant des sifflets aux gens à traîner avec eux en attendant qu’une agression se produise que les choses vont changer. C’est dans l’avant qu’il faut agir, parce que, t’sais, c’est toujours mieux de prévenir que de guérir, surtout considérant les traumatismes qu’une agression peut causer et les cicatrices ineffaçables qu’elles laissent.

Au lieu de rêver à un monde meilleur, essayons donc de le créer par nos actions : parles en ouvertement, soutiens les victimes qui se tiennent debout face à leur agresseur et aux jugements des autres, détruis cette culture du viol à chaque fois qu’elle fait surface, et surtout, éduque-toi et tes proches sur la prévention, le consentement et les bons comportements à adopter.

Références 1 / 2

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