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J’ai peur du bonheur

J’ai peur du bonheur, je pense.

Le bonheur, c’est un peu comme le Saint Graal. Je vais loin dans mes métaphores, mais tu vois ce que je veux dire. On s’en fait parler depuis qu’on est tout jeune, puis on passe la vie à le chercher, à lui courir après, à avoir peur de le laisser passer. Au fond, souvent, c’est la quête qu’on recherche, pas la réussite. Que font les chevaliers quand la quête cesse?

On cherche quoi, une fois qu’on est heureux?

Et puis, ce n’est pas si simple que ça, le bonheur. C’est un peu comme un fantôme : même quand on l’a, souvent, on ne le voit pas. Comme quand on a rhume et qu’on se dit qu’on va apprécier chaque instant, une fois que nos narines ne seront plus bloquées. C’est le même principe : on se dit toujours que quand on va être heureux, quand quelqu’un nous rendra heureux, qu’on ne les laissera pas passer. Quelqu’un entre dans nos vies et on oublie toutes ces belles promesses. On cherche plus, ailleurs.

Je me dis que, parfois, c’est parce qu’on est trop difficile et aussi peut-être parce qu’on ne sait pas vraiment c’est quoi, le bonheur.

C’est triste, mais c’est vrai. On le cherche partout : dans notre travail, dans nos amitiés, dans nos amours, surtout. On cherche l’intense, le fou. On cherche ce qu’on voit partout dans les films, les livres et même sur les médias sociaux. Cette image ultra intense et caricaturale de ce que c’est qu’être heureux. On se dit que quand ça sera l’amour, ça nous chavirera, ça nous changera, on le saura, tout simplement. Que plus rien ne sera pareil, que ce sera viscéral. Des fois, je me demande à quoi ça mène, tout ça. Je me demande si, à force de chercher l’extraordinaire, on ne fait pas que manquer des occasions d’être bien – que le bonheur c’est peut-être juste ça, au fond. Être bien. Ça serait beaucoup déjà, non?

Pourtant, je suis une girouette. Je vais avec le vent, je change d’idée au gré des saisons et des jours qui passent. Je suis en quête constante de plus : plus de travail, plus de succès, plus en amour, aussi. Récemment, j’ai réalisé que peut-être que ça cache de la peur, tout ça. Ce n’est pas nécessairement que les gars que je rencontre ne sont pas exceptionnels, mais que j’ai peur de ce qui vient après. Une fois que je l’aurai trouvé, une fois que je me serai dit : « OK, c’est avec lui que j’ai envie d’essayer.» J’ai peur que la course cesse, de ne plus avoir à chercher mon souffle, de ne plus attendre de rebondissements. J’ai peur qu’une fois le magnifique dans mes mains, le fait de le tenir avec confiance me fasse le dévaloriser. J’ai peur qu’il perde son éclat. J’ai peur de le ternir à grande dose de quotidien.

Alors, je cours. Je chasse, je cherche toujours plus : un peu plus drôle, un peu plus brillant, un peu plus douloureux, aussi. On pense que le bonheur est inaccessible, c’est ce qui fait qu’on le veut tant. On fait l’erreur de penser qu’il faut souffrir pour être heureux, qu’un ne va pas sans l’autre. C’est ridicule, quand on y pense, et pourtant dis-moi que j’ai tort ; que tu ne t’es jamais dit que, si quelqu’un pouvait te faire tant de mal, ça devait vouloir dire que tu l’aimais si fort. On pense que l’amour déchire pour mieux recoudre, mais, l’amour, ça devrait être doux. On ne devrait pas avoir à laisser des morceaux de soi en chemin. On devrait être plus soi, pas moins.

Donc, j’ai envie de courir le risque de m’arrêter. J’ai envie de garder quelque chose de beau dans mes bras, de le polir avec soin. Je suis essoufflée, je suis épuisée. J’ai envie de cesser de courir, de choisir un coin tranquille et d’y piquer une tente ; d’avoir quelqu’un à côté de moi, pas un diamant qui brille, mais une lanterne qui éclaire. Doux et constant. Je pense que ça pourrait être beau aussi. Les feux d’artifice sont beaux dans le ciel, mais ce sont les lanternes qui chassent la nuit.

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