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CHSLD : Quand les p’tits vieux volent la vedette

Nous étions conviés à la visite d’une résidence pour personnes âgées, cette dernière étant parrainée par La Bordée et le Théâtre Niveau Parking. Guidés par la metteure en scène Véronika Makdissi-Warren, le CHSLD (Centre d’Humbles Survivants Légèrement Détraqués) qui nous ouvrait ses portes a su jouer avec les lieux communs concernant la réalité des aînés pour faire fuser le rire. Pas question ici de choquer outre mesure, de culpabiliser le spectateur, de préparer le terrain à l’émancipation révolutionnaire de l’âge d’or. Dans son ambition modeste, la pièce fait tomber les tabous par la parodie et remet au programme une réalité trop escamotée.

CHSLD fait le pari de métamorphoser un petit salon mièvre, médiocrement décoré, aseptisé et péniblement paisible en un terrain de jeu clownesque, un espace chorégraphique complexe. En fait, la beauté du spectacle naît de l’oscillation spectaculaire entre une immobilité terne et une gesticulation aussi spectaculaire qu’hilarante. C’est véritablement le geste qui fait foi de tout dans la pièce. Tremblant, malgracieux, puéril autant que sénile, il fait certes office de pastiche, mais il donne une personnalité distincte aux six acteurs. Avec les onomatopées caractéristiques de chacun, ce théâtre, qui emprunte à Charlie Chaplin sa recette intemporelle, réussit à donner une personnalité forte, voire une humanité réelle à ses personnages, le tout avec une économie de texte qui relève du tour de force.

théâtre québec chsld
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Il est quand même joyeusement contradictoire de penser que ce qui frappe, à la conclusion de la représentation, c’est le fait que la pièce était avant tout un spectacle, une sorte de danse pour octogénaires où c’est le rythme qui prédomine. Entre silences et râlements grinçants, CHSLD avance avec précision; la mise en scène exigeante, où chaque geste est réglé et porte le poids de la réussite du spectacle, rapporte gros.

Outre le rythme, le décor, les costumes et les accessoires nous font pleurer de rire. Le cliché est porté jusqu’à sa limite, sans que ce ne soit de mauvais goût. Cocktails de pilules, marchettes, cannes et chaises berçantes perdent leur tristesse et deviennent les prétextes et les instruments du mouvement, de l’agitation, de la vie.

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S’il fallait apporter quelques bémols à la pièce (elle peut bien le supporter vu sa grande qualité en général), ce sont les contrastes d’émotions qu’elle tente de susciter un peu maladroitement. Sortir du rire pour entrer dans le dramatique, voire le tragique, demande une souplesse et du temps. Or, la pièce file (vous ai-je déjà parler de son rythme?) et ne prépare pas suffisamment ces changements de tons.

Mais peu importe, le meilleur show d’humour en ville, c’est au CHSLD de la Bordée que vous l’aurez.

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