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La femme qui fuit dévoilée sur scène

Deux micros ouverts.
Une douce lumière invitante.
Deux femmes imposantes dans leur délicatesse.

C’est ainsi que la femme qui fuit s’est dévoilée sur scène au festival Québec en toutes lettres.
À travers Anaïs Barbeau-Lavalette et Catherine de Léan.

J’aurais envie de vous dire de ne pas lire mon article tout de suite et de vous procurer le plus rapidement possible le roman La femme qui fuit. La raison est simple : mes mots ne peuvent égaler la beauté de ceux de l’auteure et ils ne peuvent rendre hommage à la lecture qu’elle nous en a donnée, elle et son invitée. J’ai aussi une autre bonne raison : en lisant le livre en premier, vous pourrez mieux apprécier le spectacle, qui rend la chose encore plus vraie.

Je dois tout de même vous partager ce riche spectacle qu’elles nous ont offert.

Riche par sa simplicité.

Sous un mélange de poésie et de reportage, un mariage entre fiction et réalité, le documentaire commence. Une douce musique, presque absente tant elle est subtile, accompagne les paroles des deux femmes sur scène.

L’entrée en scène d’Anaïs se fait. D’abord mince et frêle, elle a entamé sa lecture sur scène avec les yeux pétillants, ceux d’un regard ancré dans celui du public.

La voix enveloppante de Catherine a pris le relais pour nous entourer d’une sorte de bulle qui nous coupe des distractions extérieures. Comme sous une cloche de verre, ces mots étaient spéciaux, protégés, ils étaient exposés devant nous comme une exposition à ne pas manquer. Nous avions déjà à ce moment bien assez de matériel pour emporter afin de façonner notre imaginaire autour de cette femme mythique qui a abandonné la mère de l’auteure.

Nous sommes alors transportés dans les souvenirs d’enfance de Suzanne Meloche (Barbeau plus tard). On la suit lors de ses études, à sa rencontre avec Claude Gauvreau et les autres membres de la clique de Paul-Émile Borduas, on est témoins de sa ratification à l’essai du Refus global, on assiste à son mariage avec le peintre Marcel Barbeau, à leur vie commune. Nous devenons également témoins malgré nous de leur rupture et de l’abandon de leurs enfants.

C’est alors que nous la suivons dans sa fuite.

Nous la suivons dans sa fuite en Europe, aux États-Unis, en Alabama, là où elle soutiendra le mouvement contre la ségrégation raciale, là où elle laissera quelques indices de son passage pour revenir au Québec et affronter le regard de son fils malgré elle jusqu’à sa chute dans l’oubli.

Et à sa renaissance à travers Anaïs Barbeau-Lavalette et Catherine de Léan.

Cette femme avant-gardiste et fugace a été une funambule en équilibre sur une ligne discrète de l’histoire. Nous ne pouvons qu’apprendre à la connaître et à l’aimer malgré tout.

J’ai posé la question à l’auteure à savoir si son livre était un hommage ou une vengeance.

Elle m’a répondu que c’était de la curiosité.
Pour comprendre et façonner cette grand-mère dont elle a été privée.
Elle a couru après sa grand-mère lors de cette écriture.
Et pourtant sa grand-mère est restée insaisissable.
Mais nous avons agrippé quelques instants d’elle au passage.

Quelques raisons pour laisser tomber ce que vous lisez pour commencer la lecture de La femme qui fuit :

  • L’histoire est captivante.
  • L’auteure réussit le pari d’écrire dans un style très poétique, mais dans un langage pourtant très accessible.
  • Le rythme est rapide, les phrases sont courtes, mais elles propulsent des images très fortes.
  • On apprend ce qu’on aurait dû apprendre dans nos cours d’histoire au secondaire, l’histoire du Refus global qui a marqué une cassure dans l’histoire du Québec.
  • Bien que ce qu’elle a fait semble impardonnable, on ne peut qu’être fasciné par elle.

Crédit photo : Pierre Crépô / FIL 2016

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