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La conséquence des mots

Par un bel après-midi de juillet, Fille est assise au bar où elle travaille, avec amis et collègues, lorsque l’un d’eux lui dit :

« Fille ! Hier j’ai vu Machin, ton ex, au bar. Il m’a dit que t’avais inventé toute votre relation, qu’il était maintenant en couple pour vrai, pis il a ajouté : ʺFille, c’est une folleʺ. Quel nono ! Anyway, bye ! »

Il quitte la salle. Collègues et amies semblent mal à l’aise et se regardent, l’air embêté. Fille finit son double bloody ceasar.

Pauvre Fille : elle éprouvait un grand malaise, son cœur débattait dans tous les sens. Un sentiment grandissant de chagrin et de colère s’emparait d’elle. Elle était sans mot, contrairement à son habitude. Soudainement, elle est prise de bouffées de chaleur. Comment pouvait-il dire cela, après tout ce qu’ils avaient traversé ensemble, du premier « je t’aime » au  dernier « désolé, mais je ne veux plus te voir » ? Alors que le malaise continuait de grandir, Amie osa enfin briser le silence et la tourmente de Fille :

« Ne t’en fais pas Fille, personne ne croira ça, il est juste méchant et lâche. Tout le monde sait comment il est. »

Fille déposa son verre et esquissa un sourire en coin, en signe de remerciement, avant de reprendre son air abattu.

Même si Fille savait qu’elle ne devait pas s’en faire, que ce n’étaient que des mots lancés bêtement entre deux verres de whisky, ces misérables paroles l’avaient atteinte. Sa fierté et son orgueil, certes, mais surtout l’amour qu’elle avait eu pour Machin étaient détruits de ces trois mots : « C’est une folle ». Était-ce vraiment ce qu’elle était pour lui dorénavant ? Après une année entière à ses côtés, une folle, tout simplement ?

Elle se leva, les yeux rouges et la lèvre tremblante, essayant tant bien que mal de cacher ses émotions. Elle dit :

« C’est pas grave, c’est lui qui a l’air fou, à agir comme ça dans les bars. Ça me passe mille pieds par-dessus la tête et je suis contente pour sa nouvelle relation. Je suis fatiguée, je vais rentrer. À demain tout le monde. »

Elle se lève et quitte la salle. Lumière, rideaux.

Cette situation nous est tous arrivée au moins une fois. Sinon, félicitations, vous avez eu des relations saines, quelle chance !

Pour les autres :

Nous faisons tous face à des impulsions de colère ou à des gestes désemparés de tristesse, des paroles méchantes et empreintes de fierté, du verre cassé par un cœur brisé.

Peu importe la situation, il faudrait toujours faire attention aux mots qui sortent de notre bouche. Peu importe le nombre de verres ingurgités, peu importe nos états d’âme ou l’étendue de notre insolence, nos mots peuvent se transformer en armes ; de fines lames qui se frayent un chemin droit au cœur.

Nos parents l’ont répété mille fois, de tourner notre maudite langue dans notre bouche avant de parler. Plus facile à dire qu’à faire !

Qu’est-ce qui se passe dans notre tête quand on « voit noir », nous autres, les impulsifs de ce monde ? Peut-être que Fille a dit quelque chose qui a vexé Machin quelques jours plus tôt, ce qui l’a poussé à agir de la sorte. Ou alors, peut-être que les deux se lançaient une patate chaude depuis un moment déjà, et que l’un a fini par se la prendre en pleine gueule.

Trop souvent, on ne se demande pas où on veut en venir avec ce que nous disons. Avons-nous réellement quelque chose dire, ou alors veut-on juste amener l’autre à dire quelque chose ?


Crédit: Alex Gallant

Quelle est la cause, quelle est la conséquence ? Et si on s’arrêtait un instant, avant de relancer une attaque ? Peut-être apercevrions-nous un acte de culpabilité derrière un coup sournois…

Ça fait que ce soir-là, Fille s’est rendue au travail de Machin. Elle s’est arrêtée devant la porte du bar où il travaillait avec une liste d’insultes et de grands mots qu’elle souhaitait lui lancer par la tête. Sauf que cette fois-ci, enfin, elle s’arrêta et se demanda : « Et à quoi bon ? ».

Alors elle tourna les talons et repartit chez elle. Fin de la scène.

Plus vite nous nous éloignerons de ce genre de personne, plus vite nous irons mieux. Certaines relations, amoureuses ou amicales, ne valent pas la peine de se battre. Fermons le livre et jetons-le au feu ! Verrouillons la porte et balançons la clé à l’eau. Ce n’est pas lâche, c’est courageux !

C’est ce qu’on appelle une « fermeture » – ou closure, pour les fans de Friends. Faites-le avec les bons mots, car je suis d’avis que dans la vie, tout se dit, à condition de bien le faire.


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