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Fluidité du genre : transcender les masculinités par la danse

Jeudi dernier avait lieu la première du spectacle La Fluidité du genre, Du stéréotype à l’icône : transcender les masculinités, présenté par Tangente à l’Édifice Wilder. Pour quatre représentations seulement, Manuel Shink et Sébastien Provencher échappent à la dichotomie entre le masculin et le féminin en invitant les spectateurs à entrevoir d’autres définitions de la masculinité.

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Manuel Shink
Crédit photo : Juanel Casseus

La Mécanique des dessous, par Manuel Shink

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Manuel Shink
Crédit photo : Yves Gigon

Au-delà même de l’opinion sur le travail de Manuel Shink, de l’appréciation artistique de son interprétation ou de sa chorégraphie, il présente un solo déstabilisant. Ces gestes inspirés du butô japonais semblent presque appartenir à un autre monde, tout en reflétant des codes très reconnaissables.

Un homme barbu, cheveux longs et brillants, chaussé de talons hauts. Qui croise les jambes l’une devant l’autre en laissant voir des cuisses musclées et définies. Qui fait glisser un tissu en satin sur ses hanches, bombant son torse velu. Qui bouge ses hanches étroites habillées d’une petite culotte.

Des images simples, codifiées, associées au féminin : cheveux qui descendent jusqu’aux omoplates, souliers aiguilles, démarche lascive, déhanchement, lingerie satinée.
C’est bien assez pour invoquer l’image d’une femme. Il y arrive d’ailleurs souvent.

D’autres fois, il est presque impossible de faire abstraction des attributs masculins, nous donnant l’impression d’un homme qui joue. Mais joue-t-il vraiment? Qu’est-ce qui lui appartient dans ces gestes, dans cette identité? Qui est-il? Ou qui est-elle? Queer. Non-binaire. Agenre. Bigenre, trigenre, pangenre. Transgenre. Androgyne. Troisième sexe. Autre. Non-défini. Neutre. Homme. Femme.

Même lorsqu’on s’identifie à un genre précis, qui peut prétendre se reconnaître dans tous les codes qui y sont liés? Le genre à une case entre deux à cocher dans un formulaire. C’est beaucoup plus fuyant, coulant, mouvant que ça. Plus fluide.

Children of Chemistry, par Sébastien Provencher

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Miguel Anguiano, Alexandre Morin, Louis-Elyan Martin, Jean-Benoit Labrecque, Jossua Collin
Crédit photo : Justine Latour

Dans la deuxième pièce, dont le processus de création s’est initié en 2015, le chorégraphe Sébastien Provencher revisite la manière de représenter l’homme en danse contemporaine. S’attaquant aux stéréotypes, il dresse un portrait plus fluide de la masculinité. La suite de tableaux bien distincts surprend le spectateur et dépasse le cadre formel de la danse. Les costumes et la musique sont judicieusement choisis pour accentuer le propos et valoriser la mise en scène.

Les gestes empruntés au monde de la mode et du sport nous semblent familiers. De la chorégraphie parfaitement synchronisée sur fond de musique pop, à la déambulation digne d’un défilé de mode, la notion de genre devient floue. Puis, le déhanchement féminin se transforme peu à peu en démarche militaire avant que les danseurs n’exhibent toute leur nudité masculine. Ils revêtent ensuite pantalon moulant et casque de football pour nous rendre témoins d’un entraînement sportif des plus ludiques. La salle devient un grand terrain de jeu transpirant la virilité et l’agressivité poussée à l’absurde. La présence de codes associés au féminin demeure toujours : alors qu’un danseur fait des push-ups en grognant, un autre virevolte autour telle une meneuse de claques. Les comportements y sont exacerbés. Le dernier tableau est un amas de corps lascifs sur le sol, difficiles à distinguer, dont les gestes sont empreints de sensualité. Lenteur et douceur contrastent alors avec la scène précédente.

Cette œuvre représente l’homme dans toute sa force et sa vulnérabilité, dans son conformisme et son individualité, notamment par l’intégration d’émouvants solos. Des portraits de l’homme idéal, de l’homme objet et de la brute défilent sous nos yeux. Les codes sociaux se brouillent, la dichotomie éclate. La binarité du genre ne fait plus de sens. Il existe une panoplie de façons de vivre son identité de genre, et ce, peu importe son sexe biologique ou son orientation sexuelle. Il existe plus d’une façon d’être un homme, une femme ou une personne non binaire.

On ne ressort jamais indifférent d’un spectacle chez Tangente. Leur programmation bouscule, questionne et fait de la danse un espace de libre expression dépassant les codes sociaux de la société. Bravo!

Par Sandra Nadeau-Paradis et Marianne Bluteau

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