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Les deuils subits : partir sans un adieu

Le 20 novembre, ça va faire 6 mois que ma mère est décédée. Une demi-année. 182 jours. 4380 heures que Dieu ou je ne sais trop quelle puissance supérieure a tiré la plug sur sa vie sans avertir personne. Sans aucun signe précurseur.

T’sais quand t’es jeune et que tu entends, « Dites aux gens que vous les aimez, la vie ne tient qu’à un fil, on ne sait jamais ce qui peut arriver » ben tu ne comprends jamais vraiment ce que ça veut dire avant de le vivre soi-même. Parce que les dernières paroles que j’ai eues avec ma mère c’était sûrement des niaiseries qui ne voulaient rien dire. Je ne m’en souviens même pas. Avoir su, j’aurais pris en photo tous les petits détails de cet après-midi-là.

En plus, c’était la fête des Mères. Cette année, je la feelais pas mal la fête des Mères : je revenais d’aller t’acheter un gros bouquet, avec une belle carte, puis un petit cadeau. Tu avais pleuré en lisant la carte puis tu m’avais fait un gros colleux moelleux comme juste toi était capable de faire. On s’aimait pis tout allait bien. Comme si la vie savait, comme si cinq jours avant, la vie avait déjà décidé. Comme si la vie voulait que tout se finisse sur une belle note, pour la dernière page de notre histoire, le dernier chapitre de ta vie.

Le plus dur dans les deuils subits, c’est de rester avec les mille paroles que j’aurais voulu te dire, les mille moments que j’aurais voulu vivre. C’est pris dans ma gorge et ça me brûle l’intérieur. C’est à cause de ça que je me réveille la nuit. Jamais je ne verrai ton visage s’éclairer lorsque je t’annoncerai des bonnes nouvelles. Jamais tes cheveux ne blanchiront, tes mains ne se rideront, tes rides ne se creuseront. Jamais tu ne seras à la table d’honneur de mon mariage, jamais tu ne tiendras tes petits-enfants dans tes bras, jamais tu ne fêteras tes 60 ans, ni mes 25 ans.

Tu t’es éteinte sans que je te dise mille petites choses que je trouve si importantes maintenant, comme elles n’ont jamais été prononcées : merci d’avoir arrêté de boire pour moi, merci de m’avoir élevé toute seule like a boss, merci de t’avoir oublié tellement souvent pour moi.

Mais au moins, je sais que tu savais la plus importante de toutes. Je sais que tu sais que je t’aimais. Pis rendu là, c’est juste ça l’important.

Source photo de couverture

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