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T’avais bu

T’avais bu, bella. T’avais bu assez pour avoir les idées qui allaient et venaient, assez pour attraper au vol la pire qui venait ; assez pour avoir déjà texté 10 fois le boy ; assez pour envoyer chier tes amis, parce qu’ils ne te comprenaient pas, pris tes cliques pis tes claques et crisser ton camps… au volant de ta voiture.

T’avais bu, bella. Assez pour ne plus pouvoir marcher seule, beaucoup trop pour pouvoir conduire. Ce n’était pas ton genre, pourtant. Tu n’étais pas des insouciants qui prennent leur véhicule à tout moment après avoir bu un, deux, quelques verres. T’étais de ceux qui sont conducteurs désignés, qui font nez rouge quand vient le temps, qui ramassent les clés de tes amis qui veulent le prendre, leur véhicule.

T’avais bu, bella, pis t’étais en colère. On aurait probablement pu t’empêcher de prendre ton auto ou même t’empêcher de partir. T’empêcher de te laisser détruire par ce con qui te promettait la lune et qui était pas foutu de répondre à tes messages. On n’a rien fait de ça. On ne t’as pas vu partir. T’as pris tes clés sans dire bye à personne et tu t’es poussée. C’est sûr que tu ne t’es pas dis à ce moment-là que tu ne devais pas faire ça. Le taxi, le TZ, tes amis, personne ne te comprenait, personne ne voulait te ramener chez ce gars qui te ferait du mal encore et encore – mais tu voulais y aller.

T’avais bu, bella, pis t’avais échangé la raison qu’t’as dans la tête pour des litres d’alcool vaguement dilué dans du tonic. T’aurais pu ne pas avoir été en colère que le résultat aurait été le même. Plein de gens le font, tu sais, prendre leur auto après une soirée comme celle qu’on avait passé.

Bella, t’avais bu et tu ne voulais faire de mal à personne. T’as juste décidé de partir.

Bella, j’t’en veux d’avoir pris ce volant. J’t’en veux d’être partie comme ça. De ne pas nous avoir dit bye et de t’être poussée.

Bella, j’m’en veux de ne pas t’avoir arrêté, de ne pas avoir été assez lucide pour t’arracher tes clés, comme d’autres t’avaient arraché le cœur auparavant.

Bella, ça aurait pu être différent. On aurait tous pu être allé en taxi. On aurait pu essayer de te divertir et arrêter de vouloir te raisonner. On aurait pu te crier après et appeler la police quand on s’est rendu compte que t’étais partie au volant. Y’a beaucoup de ces choses qu’on aurait pu faire, mais on t’a juste dis de nous appeler quand t’arriverais chez toi.

Tu t’es pas rendue et t’es pas la seule.

On n’est tous plus jamais rentré à la maison après ça. T’es partie avec notre naïveté.

Tu sais, conduire et boire, on ne combine pas ça. J’t’le dis. On n’est pas au-dessus de ça, si c’est c’que tu crois.

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