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Je suis un romantique

Dans l’élan de lyrisme qui me portera à dire trop de fois « je » dans les prochaines lignes, je veux également redonner toute sa richesse au romantisme, cette époque/esthétique/philosophie qui a si peu à voir avec l’image mièvre du porteur de bouquets et de boîtes de chocolats.

Je suis un romantique. Je ne suis moi que lorsque je m’abîme dans un paysage. Ma maison est le vent qui fait frémir les arbres, qui me caresse la joue, qui réveille en moi un petit quelque chose de précieux et mélancolique sur son passage. Je ne suis moi que lorsque JE SUIS le paysage. Comme je voudrais disparaître et n’être qu’un horizon éternel à contempler du haut d’une montagne. Je voudrais que mes mots disparaissent et que ne subsiste de moi qu’une image triste et belle. Je voudrais être une peinture de Jean-Paul Lemieux.

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Route 15 : Jean-Paul Lemieux
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Je ne suis moi que lorsque je me désintègre pour intégrer quelque chose de plus grand. Je voudrais être un artiste, mais un artiste porté par les muses, un dépositaire d’une force cosmique. Je ne suis qu’un petit citadin penché devant son écran, cherchant des mots suaves et tristes dans le dictionnaire des synonymes en ligne. Je suis plein de toutes les œuvres que je n’ai jamais écrites, que je n’écrirai jamais. Je voudrais qu’on ouvre mon imagination et mes entrailles pour qu’on voit comment j’ai rêvé la beauté des horizons, comment je me suis tût par respect, par vénération, par petitesse.

Je suis un amoureux dans l’âme, mais j’aime comme un détraqué. Je m’exalte dans la femme que j’aime, je disparais dans ses cheveux odorants, au creux de ses seins, dans son sexe. Je fais l’amour en espérant mourir dans un extrême entrelacement, dans une fusion/explosion de nos corps. Je n’aime pas, je divinise! Mais cet amour n’existe pas, c’est une pure idolâtrie. Personne ne veut d’une piété, d’une dévotion. Moi, je n’ai à partager (à imposer) que mon désir de m’abîmer dans un paysage féminin. Je suis celui qui profite du défilé des passantes fugaces pour élucubrer des myriades d’histoires d’amour imaginaires. J’aimerais qu’on dissèque mon cœur pour qu’on voit combien j’ai d’amantes et d’amoureuses illusoires.

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Jeune fille à la perle : Vermeer
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J’aimerais être un poète/poème. Un poète perdu dans son poème. Un peintre de l’infini. Je ne veux rien savoir d’une maison. Je la porte en moi et j’y habite chaque fois que l’écriture me prend. L’écriture qui s’impose, la plume qui trace malgré l’esprit, la lettre qui aspire, qui devient cosmos, qui me répand en jets d’écriture.

J’aurais dû naître au 19e siècle et être nostalgique d’une patrie perdue, d’une religion à retrouver. Je suis un intempestif, un démodé, un décalé. Plus je le suis, plus je suis triste; plus je le suis, plus je suis.

Ce soir, j’ai envie d’être un romantique avec toi. On ira au bout du monde, à quelque part, peu importe où (au sommet de l’Everest, peut-être?). On se délectera de n’être rien d’autre qu’une impossibilité. On fera l’amour sous les étoiles, comme c’est romantique! On sera une solitude à deux.

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Voyageur contemplant une mer de nuages : Caspard Friedrich
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Les romantiques sont morts, vive les romantiques.

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