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Performer l’ambiguité

Tu me vois me mouvoir;

Me remuer, me trémousser;
Mettre un pied devant l’autre.

À croire que tout est chorégraphié.

Tu me vois trottiner;
Déambuler et défiler.

Il est vingt-trois heures.

Affublée de mes étroits souliers;
Objet de torture aux pieds;
Il faut souffrir pour être beau, n’est-ce pas?

Je suis un homme.
Du moins, c’est ce que l’on m’a toujours dit.

Je suis un homme et cela implique que j’aime certaines choses, fais et porte certaines choses.

Le rose sur mes ongles;
Le nylon de mes bas qui enlace mes jambes.

Il fait horriblement froid à l’extérieur;
Je déteste sortir boire un verre l’hiver.

Je serre mon manteau en essayant de faire abstraction du froid qui violente mes jambes;
Je vérifie que le rouge de mes lèvres est toujours intact.
J’adore cette couleur.

Je suis un homme, du moins c’est ce que l’on m’a toujours dit.
Tu me vois gambader;
Trottiner et m’agiter.

Tu me vois performer;
M’offrir en spectacle.

Je performe l’absence de genre;
Je performe ce qui me plaît;
Et non ce que l’on m’a imposé d’être.

En quoi le fait d’être un homme implique que je porte certains vêtements plus que d’autres?
En quoi cela implique que je ne puisse me maquiller?
Que je ne puisse pas mettre de la couleur sur mes ongles?

Quand on y réfléchit, ce ne sont que des objets, des couleurs et des tissus.
Sans le langage qu’on leur a attribué, ils ne sont que matériels et visuels
Complètement asexués;
Dépourvus de genre.

Le langage qu’on leur porte leur crée et leur impose une réalité
Par le langage, nous performons leur identité.

C’est la répétition et la sédimentation des actes qui créent le genre;
Le genre n’existe pas en dehors de ses performances et de ses interprétations collectives.

Demain, ma performance sera tout autre.

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