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J’te dois un rhum, tu m’as fixé le squelette

J’avais déambulé dans la ville pendant une bonne partie de la soirée, empruntant au hasard les rues illuminées par la veille de Noël. La nuit était tombée sans que je ne m’en rende compte et, comme j’avais envie d’un verre, je m’étais arrêté à la première enseigne désignant un débit d’alcool encore ouvert cette heure. Je ne me rappelais pas avoir déjà vu cet endroit, même si je croyais connaître le quartier par cœur.

Je m’étais installé sur un des tabourets du bar et avais commandé un rhum, « votre meilleur », avais-je demandé au serveur – c’était Noël après tout. Je venais à peine de recevoir mon verre quand je sentis son regard se fixer sur moi avec insistance. Elle était accoudée à l’autre bout du comptoir, un verre de rhum à la main, le même que le mien (il n’y en avait qu’une bouteille disponible derrière le bar). J’avais fait mine de ne pas l’avoir remarquée, mais un sentiment étrange me poussait à croiser son regard. Je pouvais déjà distinguer ses longs cheveux bruns tomber sur ses épaules dont la peau semblait si douce. Elle portait une robe noire et bleue légèrement échancrée vers l’avant qui découvrait joliment le haut de sa poitrine. Elle était si belle qu’elle me faisait à nouveau croire que Noël pouvait nous apporter une part de magie.

La chanson de Desjardins avait commencé à jouer au même moment où elle avait déposé son verre vide sur le bar. J’avais saisi l’occasion pour me lever et faire quelques pas vers elle dans l’espoir qu’elle accepterait que je lui en offre un autre. Je n’avais pas eu le temps de me rendre jusqu’à son tabouret qu’elle s’était déjà dirigée vers la sortie, son manteau sur une épaule. D’un mouvement des yeux, avant de franchir le pas de la porte, elle m’avait indiqué de la suivre.  J’avais laissé mon verre de rhum encore intact sur une table et l’avais accompagnée dans la nuit.

La neige avait commencé à tomber et s’amassait sur sa chevelure qui brillait dans la lumière de la lune. Nous n’avions pas eu besoin de mots avant de poser nos lèvres les unes sur les autres.  J’avais senti à ce moment toute la chaleur de l’amour envahir nos deux corps. C’était comme si nous nous étions attendus depuis si longtemps que nous craignions de manquer de temps pour nous aimer. Nous étions prêts pour la vie et la vie était prête pour nous.

Aujourd’hui, c’est la veille de Noël et je me retrouve devant un verre de rhum dans ce même bar où je t’ai vue pour la première fois. J’ai mis de l’argent dans le jukebox pour y faire jouer la chanson de Desjardins en espérant que nos regards se croisent de nouveau pour que je puisse t’offrir un verre, car je te dois toujours un rhum, tu m’as fixé le squelette.

Par Simon Guérard

Source photo de couverture

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