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Vu à 22 h 37 et tout ce que je m’imagine quand tu réponds pas

Savoir que t’as vu mon message. Savoir que tu sais. Savoir que tu choisis de ne pas répondre tout de suite après. Savoir que je suis toute seule, pognée avec le dernier message que je t’ai envoyé, à remettre en question tout ce que je t’ai écrit. À me lire et relire encore. À me juger, à douter. À me trouver trop lourde ou trop intense ou pas assez drôle.

Vu à 22 h 37.

Avoir envie de t’écrire encore, pour justifier le premier message que t’as vu, mais auquel tu réponds pas. Faire des fu*k you à mon écran de cell. Laisser mon cell dans une autre pièce pour me faire croire que je m’en fous. Pour me faire croire que « moi aussi je suis occupée pis que je suis pas juste là à passer ma soirée à attendre que tu me répondes, que j’ai une vie formidable le samedi soir moi, je suis avec des amis, je jase de kale et de films d’auteurs et de sexualité, j’ai tellement de fun et je m’en fous tellement de toi ayoye».

Revenir chercher mon cell trois longues minutes plus tard.

Vu à 22 h 37 PIS Y’EST RENDU 22 h 48. (Trois minutes dans une autre pièce après 7 minutes à fixer mon écran en attendant que.)

Me demander ce qui fait que tu répondes pas. Me demander t’es où. Me demander t’es avec qui.

Me dire que tu veux pu rien savoir de moi. Me dire que tu fais exprès de pas répondre, que tu joues la game, la grande game de la distance et du « t’es pas ma priorité fille respire par le nez on fait juste se voir c’est pas sérieux ça existe pu avoir des sentiments ».

Me dire que t’es juste occupé, que c’est pas intentionnel, que t’as regardé ton cell vite-vite entre deux discussions très sérieuses et secrètes avec des gens importants (genre le FBI ou la NASA). Me dire que t’étudiais pis que tu savais que si tu m’avais répondu t’aurais pu été capable d’étudier pis t’aurais juste voulu me parler après. Être presque attendrie que tu m’aies pas encore répondu.

Vu à 22 h 37.

Me dire que finalement t’as peut-être une blonde, que j’ai mal lu les signes, que ça cliquait pas tant que ça finalement, que je m’étais encore fait des idées, maudite marde. Me dire que tu viens de rencontrer une perle de fille pis que tu t’es rendu compte que j’étais pas si thrillante que ça finalement.

Me dire que t’es en danger, qu’il t’es arrivé un accident et que c’est les services d’urgence qui ont ouvert ton téléphone pour trouver le numéro de ta famille, ta mère, ta soeur quelque chose pour les informer de ton état.

Surtout, me demander qu’est ce qui ferait en sorte que t’aies eu le temps de lire mon message, mais ô tellement pas le temps d’y répondre.

C’est comme si je t’appelais, ça sonne, tu réponds, je dis « allo c’est moi » avec ma voix la plus charmante-cute-mais-sérieuse-parce-que-j’suis-pas-attachée-là-wow, tu réponds rien, et tu crisses ton téléphone dans tes poches sans raccrocher.

Vu à 22 h 37 c’est comme un pocketcall mais intentionnel.

Y’est rendu 23 h 22, tu m’as toujours pas répondu, j’ai perdu foi en l’humanité pis en les gâteaux McCain, j’ai envie de fermer mon cell, j’ai envie de brailler, j’ai envie de texter quelqu’un d’autre comme pour me venger à distance rien que pour pas leur répondre après, j’ai envie de rire de moi, j’ai envie de faire jouer la chanson « samedi soir j’ai les cornes qui poussent » en sautant sur mon lit pis en trouvant ça tellement niaiseux d’avoir eu envie de brailler deux secondes plus tôt. Je m’en fais tellement trop pour rien voyons seigneur.

Tu vas finir par me répondre en plein milieu de la nuit. Quelque chose d’enthousiaste qui m’indique que t’étais avec tes amis, que t’as passé une super soirée pis que t’as pensé à moi tout le long.

Je vais le voir en me levant le matin. Je vais sourire comme une conne devant mon cell un bon moment. Pis je vais attendre d’avoir déjeuner, d’avoir fait ma vaisselle pis d’avoir parti une brassée de lavage pour te répondre quelque chose de complètement vague et détaché où je témoignerai pas de mes sentiments envers toi et où j’inventerai surement avoir été super occupée la veille par une soirée très très trendy.

Pis un jour on fera pu semblant pis on jouera pu de game, pis on va être bien, ô si bien. (Pis on va s’aimer) (peut-être) (j’dis ça j’dis rien) (peut-être pas) (c’était tu trop tôt pour parler d’amour?) (faut tu qu’on continue de jouer à s’en foutre encore un boutte?) (j’te reviens là-dessus quand mon foncé sera dans la sécheuse) (amen).

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