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Pleine de toi : un roman qui nous gave de mélancolie

Elle a d’abord cherché ses mains à lui.

Elle a ensuite cherché ses bras.

Puis son torse.

Mais pas son visage.

Elle n’a jamais pu retrouver son visage parmi tous ces hommes qu’elle a embrassés.

Parce qu’on ne peut pas ressusciter les morts.

L’auteure Geneviève Janelle nous fait suivre le quotidien d’Estelle, qui a perdu son conjoint dans un accident de la route. Éprise de déni, elle cherchera à vaincre sa peine parmi plusieurs hommes qui ressembleront à Antoine, sans jamais pouvoir retrouver une toute petite parcelle de lui.

Ah, en passant, elle a appris qu’elle était enceinte de lui. Juste pour ajouter à l’inimaginable.

Mais c’est cet embryon d’être qui la tiendra en vie.

J’ai eu un coup de cœur pour la couverture un peu discordante du livre avec son style du type collage de photos sur graphisme. J’ai accroché sur le visage (ou plutôt l’absence de visage) de la femme enceinte dévêtue. Son regard (si l’on peut le qualifier comme ça) porte vers l’ailleurs à travers le dispositif.

C’est exactement ce vers quoi nous dirige ce roman.

Vers l’ailleurs dans un quartier de Montréal comme un autre.

Pleine de toi, c’est beaucoup de petites traces d’humour sur la ligne conductrice d’un grand malheur. C’est un hommage magnifique et contemporain au quartier la Petite-Bourgogne à Montréal et un clin d’œil à ses commerçants, marchands de rêves et d’anecdotes sucrées. C’est mettre à l’avant-plan une souris du nom de Yves Corbeil et plein de petites péripéties que seul un cœur de fille va comprendre. C’est surtout la reconnaissance des amis autour de soi, véritables électrons libres qui ne lâcheront jamais le noyau de cette amitié qui traverse les frontières du temps et de la peine. Avec Pleine de toi, on cherche les petites victoires à défaut de trouver de grands miracles.

Geneviève Janelle est une auteure discrète de la littérature québécoise qui mériterait pleinement sa place dans les palmarès de la semaine dans une librairie à grande surface près de chez vous. Son style à la fois poignant et subtil nous entraîne avec assurance dans la routine désarticulée de ses personnages. C’est dans une écriture très accessible qu’elle aborde des sujets dramatiques sans jamais rompre le fil conducteur de son récit. De tous les auteurs que j’ai lus, c’est l’une des rares qui a, comme on peut le dire en bon québécois, un véritable sens du punch. Peu importe le roman, elle nous dirige toujours sur un chemin bien à elle sans jamais savoir où elle veut en venir, où va nous mener sa route.

Gagnante du Prix de la nouvelle Radio-Canada en 2012, sa nouvelle Péril en ta demeure témoigne de ce talent saisissant pour le suspense. Son ton frôle l’arrogance et cohabite avec l’agitation. Avec son dernier roman, Pleine de toi, on retrouve l’assurance de celle qui est déterminée à vaincre la mort par le déni. C’est un deuil et une renaissance de soi.

Ce roman est plein de petits coups de poings que l’on apprend à prendre avec légèreté. Une sorte d’hymne à la vie sur des notes funèbres.

Photo de couverture : Source

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