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Viens donner un beau gros bec à matante

La saison des rapprochements est commencée même si Occupation Double est terminée.

La période du temps des Fêtes est là. On se réunit, on festoie, on boit, on rit, pis vient un moment où l’on finit par dire : « Bon ben j’pense qu’on va faire un boutte nous autres. » (S’ensuit ensuite l’heure à jaser dans porte.)

On revoit des gens qu’on a pas vus depuis longtemps, parfois même ce sera la seule fois où on les verra jusqu’au prochain Noël.

Les enfants se couchent tard. On les laisse veiller. On prie pour qu’ils fassent une plus longue sieste avant le réveillon et qu’ils réussissent à se lever plus tard le lendemain. (ALLELUÏA quand ça arrive.)

Mononc’ Richard, matante Sylvie, cousin Luc, beau-frère Denis, la nièce Sophie. Ils y sont tous. On les aime, des fois non sans même trop savoir pourquoi. C’est les « Salut! », les poignées de mains, on se fait prendre par les épaules, deux becs sué joues (des fois c’est yark), les grosses colles (c’est là que tu te dis que ça peut être long, 3 secondes). Le temps des Fêtes est souvent source d’anxiété pour les hypocondriaques (comme moi), et ajoute à ça toutes ces proximités-là que t’as pas nécessairement le goût d’avoir.

Ben les enfants non plus.

Pis ça, on a tendance à l’oublier trop souvent depuis fort longtemps.

Qui ne s’est jamais fait dire, étant enfant, par maman, papa ou grands-parents :

« Va donner un beau gros bec à matante! »

Des fois, on y accourait!!

Parfois même, selon à qui c’était adressé, on y allait avant de se le faire dire!

Pis d’autres fois… NON.

(Écoutez-moi, les parents : si c’est la seule fois que vous avez vu matante Gaétane depuis 1 an, eh bien moi aussi j’passerais mon tour pour le bec en pincettes trop juteux avec l’odeur de cigarettes pis l’abus d’Coors Light. Merci.)

Ça, c’est ce que j’aurais parfois aimé dire à mes parents quand ils m’imposaient « d’aller donner un beau gros bec à matante! » juste avant de partir de chez la parenté alors que, souvent en plus, je venais tout juste de me réveiller de 5-6 heures de sommeil sur la pile de manteaux dans une chambre inconnue et obscure comme les multiples émanations provenant de ces manteaux-là, justement.

Mais la plupart du temps, j’y allais.

J’y allais car, si Maman le disait…

C’était parfois accompagné d’une p’tite poussée dans le dos, convaincue que ça me faisait plaisir d’y aller.

Non, y avait rien d’plaisant. Pas toujours. Mais c’était souvent contre mon gré.

Imaginons-nous maintenant, alors qu’on est adulte, arriver à une soirée où quelqu’un nous dirait : « Allez! Va embrasser ‘’un tel ou une telle’’! »

« Pardon? J’peux-tu décider moi-même qui j’embrasse, stp? »

(Bon OK, quelques fois, j’aurais envie de répondre à ça que si c’est pour embrasser la belle Myriam, disons, je ne m’y objecterais pas, mais là n’est pas le sujet.)

Ça n’aurait aucun sens, alors pourquoi imposer ça aux enfants, à nos enfants?

Oui je sais, ce n’est pas toujours malveillant ou malintentionné, car selon mes expériences, c’était davantage leur façon de nous dire : « Vu qu’on les reverra pas de sitôt… » ou « Puisque que grand-maman va être triste si elle a pas de câlins… », ben « Va faire ta tournée de bisous pis d’câlins, c’est le moment de s’en aller. »

Cette proximité forcée est contradictoire alors qu’on tente de conscientiser les enfants au respect de leur corps tout entier et surtout à leurs « personnels », comme ma mère s’amusait à les appeler en parlant de mes fesses et de mon « Pinocchio ».

(Le « Pinocchio », ça c’est de moi là, pas de ma mère…)

Pis exiger d’aller embrasser ou enlacer quelqu’un ça m’apparait aussi très personnel.

Alors à toi, l’enfant qui ne lira jamais ceci, eh bien sache que j’ai quand même très envie de te dire que t’as le droit de dire « Non » ou que ça t’« tente pas! », et personne n’a le droit de t’en vouloir de refuser d’y aller ou de ne pas comprendre. Fait que au prochain « Viens donner un beau gros bec à matante! », sache que personne ne peut te forcer. Juste qu’on choisisse pour eux qui aller embrasser me laisse maintenant perplexe.

Donc, faisons-nous seulement confiance en tant que parent en prenant conscience de ceci.

Je l’ai déjà aussi dit à mon fils jusqu’à la fois où il m’a littéralement lancé spontanément : « J’en ai pas envie… » Ce n’était définitivement pas le même « J’en ai pas envie… » que lorsque je lui demandais de ramasser sa chambre, disons…

C’est juste ça. Dans ces moments, laissons seulement aller leur envie en respectant leur consentement. Laissons-les aller faire un câlin à qui ils veulent. Ne brisons pas leur bulle qu’on tente nous-mêmes de bâtir à l’année. Matante devra comprendre… et grand-maman… et mononcle… et…

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