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Je m’attacherai pas (LOL)

C’est sournois ce genre d’affaire-là, l’amour je veux dire. Ça se choisit pas vraiment, ça arrive comme ça, avant même d’avoir eu le temps de dire Quidditch.

Fait que ça a été sournois, entre toi pis moi, même si on était clairement les deux seuls que ça a surpris.

Comme toutes les histoires, toi pis moi c’est une histoire qui commence avec des amis d’amis qui pensent que toi pis moi on pourrait bien s’entendre, qu’on pourrait avoir du fun, que me semble qu’on « fitterait ».

Ces maudits amis d’amis-là hein, toujours en train de se mêler de ce qui les regarde pas.

Alors on se fait présenter, alors on se rencontre, alors on se raconte, alors on se découvre, alors on s’embrasse, alors on se déshabille, alors on se rhabille parce qu’y faut ben pis qu’y fait frette dehors, alors on « s’add sur Facebook », alors on se jase abusivement sur messenger, alors on se fait rire à distance, alors on gosse le reste du monde à être trop sur nos cells à se cruiser à grands coups de GIF, alors on se revoit et ça recommence.

On la connait tous déjà, cette histoire-là.

Mais on est bien, maudit qu’on est bien. Pis c’est simple, maudit que c’est simple.

Mais c’est normal, c’est pour ça qu’on nous a présentés. Parce qu’on est du monde simple pis bien avec nous-mêmes, parce qu’on est pas du genre à s’attacher, parce qu’on vient de sortir d’une relation compliquée, parce qu’on croit pus en l’amour, parce que toute va être chill de chez chillllllllyoyocool.

Tu la connais la suite, tu la sens venir à 200 km/h, moi aussi.

Ou bien tu tombes amoureux de moi ou moi je tombe amoureuse de toi. Emoji du cri de Munch. On est faite.

Mais c’est correct, ça me fait pas trop peur parce que je tombe pas amoureuse moi, je tombe pus amoureuse, pus depuis un « boutte », pus depuis le dernier gars que j’ai trop aimé qui finalement ne m’a pas aimée toute la vie comme il l’avait promis.

Mais ça aussi tu le sais, on a tous la même histoire poche qui nous a fait nous colorier le cœur en Sharpie noir sur du Evanescence.

C’est pratique d’avoir eu tellement de peine qu’après t’as pus peur de rien parce que rien pourrait te faire autant de peine que cet ex-là, que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Ça donne la confiance nécessaire, ou le je-m’en-fou-tisme nécessaire, pour essayer de se pogner tous ceux qu’on rêvait de se pogner depuis le début des temps mais qu’on osait pas avant parce qu’on avait peur d’avoir de la peine après.

Alors on en est là, les draps chauffés à l’amour sans nom, à essayer de baptiser cette affaire-là qui fait qu’on a envie de se trouver, de se retrouver, de s’embrasser 24 heures sur 24. À essayer de donner un nom, une raison, un titre, un cadre, parce que malgré moi, malgré toi, cette affaire-là prend plus de place que prévu en dedans.

Je suis une fille qui s’attache pas. On te l’avait dit, on t’avait surement même mis en garde contre moi. Ça faisait sûrement ton affaire.

J’ai croisé des gars qui méritaient mille fois mon amour pis qui aurait dû l’avoir, tout était là, mais je tombais pas amoureuse pareil, même si je voulais, même si une grande partie de moi les oubliera jamais. Je suis une fille qui s’attache pas.

Sauf que là, shit. Je sais j’ai dit shit pis faut pas dire shit, mais shit.

Je suis une fille qui s’attache pas, qui s’attachait pas, alors je t’en voudrais pas de faire pareil, j’aurais pas le droit.

Mais si toi pis moi on est comme l’histoire qu’on a entendu mille fois, y’a peut-être une chance que ça finisse bien aussi?

On dirait que j’ai envie de me dire qu’au pire, au gros pire du pire, la pire-pire affaire qui pourrait arriver, ça serait qu’un jour toi tu m’aimes pas en retour pis qu’on doive continuer nos chemins sans que tu continues de laisser ton odeur sur l’oreiller la plus près du mur dans mon lit. Pis ça, même si c’est triste pis ça fait de la peine, ça se contrôle pas.

Je pourrai jamais obliger qui que ce soit à m’aimer pour toujours, on appartient à personne sauf à soi-même dans vie. Ça sonne cliché-quétaine au « boutte », mais c’est vrai.

Pis si j’avais peur de débouler les marches à chaque fois que je sors de mon appart (parce que ça m’arrive bien plus souvent qu’on le croirait) (genre ça m’est encore arrivé hier) (j’ai un bleu sur le coccyx) (c’t’un beau mot hein coccyx, j’trouve que ça sonne comme un nom de band) (« Hello Montreal we are The Coccyx playing for you tonight ») ce que je disais c’est que si j’avais peur de tomber chaque fois que je mets le nez dehors, je sortirais pu jamais de chez-nous pis ma vie serait ben plate pis elle serait sûrement sans ce gars-là pis ça aussi ça serait ben plate.

Fait que ça se peut tu? Que la fille qui s’attache pas s’attache finalement, après mille ans du Saint Seigneur de la fin des temps?

Pis ça se peut tu que, sans savoir pourquoi cette fois-ci c’est différent des autres fois, des autres gars, des autres histoires, des autres timing, ben ça se peut tu que ça soit réciproque pis que ça marche?

Rien que pour un « boutte », rien que pour voir, rien que pour mieux conter cette histoire-là de toi pis moi matchés par des amis d’amis gossants qui ont bien fait de l’être.

Oui ça fait peur, ça fait peur à sacrer plus fort que dans les cauchemars de ma mère. Ça fait peur d’être vulnérable, d’avoir des sentiments. Ça fait peur d’ouvrir la porte à un non, d’ouvrir la porte pour se la faire refermer sur le nez.

Mais faut prendre la chance d’ouvrir la porte sur un « moi aussi » j’suppose.

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