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T’es parti ce soir

T’es parti ce soir. Hier était la dernière soirée de notre vie.

C’est arrivé.

C’était prévisible. Ce n’est pas pour rien que j’t’avais dis quoi faire exactement en cas de départ.

T’as bien écouté, sauf pour la coupe cassée et les fleurs. Tu m’as bien laissé un dernier « Je t’aime » sur un bout de papier, un « Je t’aime » qui sonne faux, mais qu’au fond, je sais vrai. Juste à côté, t’as déposé la photo qu’on avait prise ensemble la veille.

Il n’y aura pas eu de grand drame. On se sera endormi ensemble, collés, en boisson, après avoir baisé comme des animaux pendant des heures. Puis, au matin, t’es parti. T’auras profité de cet état de demi-sommeil dans lequel j’étais plongée pour t’éclipser, sans rien dire, sans donner un signe. Exactement comme je le souhaitais – à croire que ce serait moins pire si ça se déroulait comme je l’avais imaginé.

Tu n’étais plus là. Ta tête n’était plus là. Ton cœur avait fait un bout de chemin à l’opposé du mien : ils ne pouvaient même plus se rejoindre pour en discuter, les ondes étaient coupées, le courant ne passait plus. Pourtant, ils auraient eu tellement à se dire, mais à quoi bon parler en dialogue de sourds? Respirer, c’est ce dont nous avions tous les deux besoin. Respirer à nouveaux, alors qu’on s’était essoufflé des mois de temps à chercher comment. Il fallait se l’avouer : la corde, on avait bien atteint son bout. Tu vois, ce n’est pas l’amour qu’on aura épuisé en premier. Ça, je le sais sans savoir ce que c’est, mais pour rien au monde j’aurais souhaité que ce soit différent.

T’es parti ce soir, de la même manière qu’on quitte le travail le vendredi après-midi : vite et sans te retourner, en pensant au repos juste devant toi. Ça me fait beaucoup de mal. Je n’me sens pas vraiment pas à la hauteur de tout ça, tu sais? Les adieux, je n’aime pas ça. Ça mouille les yeux, ça arrache le cœur, ça laisse un goût amer partout. Ma vie semble tout à coup habitée par un fantôme.

T’es parti ce soir. Hier était la dernière soirée de notre vie. Tu m’as brûlée avec ton amour. Tu m’as fait exploser le chest avec ton amour. La date d’expiration? C’était hier. On l’a laissé nous intoxiquer. On l’a laissé nous tuer, parce que, de toute façon, qui aurait pu nous sauver? Ni toi, ni moi n’en avions les moyens, n’en avions la force. En avions-nous seulement l’envie?

T’es parti ce soir. Hier était la dernière soirée de notre vie. J’en aurai profité : rit un coup, aimé un coup, pleuré un coup. J’t’aurai regardé passé dans ma vie comme on regarde une étoile filante défiler dans le ciel. J’aurai tout misé sur toi, comme le vœu d’une pauvre fille désespérée, vouant ses derniers espoirs à une étoile qui devrait l’exaucer.

T’es parti ce soir. Hier était la dernière soirée de notre vie. La plus belle vie qu’on aura eue.

Source photo de couverture

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