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Naïveté 101 : la Thaïlande et mes regrets

En 2012, mon amie et moi avions 19 ans, et comme bien des jeunes issus de la génération Y, on avait soif d’aventure. En quête de dépaysement, nous avons mis le cap vers l’Asie du Sud-Est, destination Bangkok. Ce fut un mois de fous rires, de paysages à couper le souffle, de chaleur humide et étouffante, de moments de stress qui deviendront des anecdotes intemporelles, de gastronomie aussi délicieuse qu’épicée, d’expériences surréelles pour deux Québécoises officiellement sorties des jupes de leur mère.

Loin d’être des backpackers aguerries, nous avons souvent suivi la vague de touristes, sans trop nous poser de questions. Nous n’étions pas là pour nous enfoncer seules dans la jungle ; les sentiers battus nous offraient un sentiment de sécurité dans un univers déjà si différent de notre réalité québécoise. Il serait inutile pour moi de culpabiliser sur certaines pratiques que nous avons malgré nous encouragées durant notre périple ; j’étais une adolescente qui en savait beaucoup moins que la femme de 25 ans que je suis aujourd’hui. Toutefois, un baccalauréat en anthropologie et beaucoup de recherches ludiques plus tard, je suis horrifiée par certaines réalités se cachant derrière plusieurs des plus grands attraits touristiques thaïlandais. Jeune et naïve, j’ai contribué au roulement de cet engrenage mettant en scène l’exploitation sexuelle humaine, l’exploitation animale et l’exploitation de minorités ethniques en Thaïlande. Ceci dit, mon article se veut un topo en trois points des activités à éviter et pourquoi, pour quiconque souhaitant voyager en ce pays complètement magnifique.

Tiger Kingdom

Comme bien des enfants, j’ai grandi en développant une passion pour les félins, ces chats tous plus majestueux les uns que les autres. Pour moi, avoir la chance d’en voir de près, ou mieux, de les toucher, était un rêve. Un rêve, soyons francs, ingrat et empreint d’injustice envers ces bêtes. Avant le voyage, j’avais vu d’horribles photos de tigres enchaînés, les yeux dans la graisse de bine, à se faire taponner par une horde de touristes insouciants. Il était hors de question pour moi d’encourager cette pratique immonde. Je me suis quand même laissé aveugler. Le Tiger Kingdom près de Chiang Mai a certes des enclos verdissants où les tigres ont la liberté de se promener… n’empêche que là n’est pas la place d’un animal sauvage si hypocritement « respecté ». Ce n’est pas une vie. C’est épouvantable.

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Crédit photo : Catherine Kotiuga

Le Ping Pong Show et les ladyboys

Le tourisme sexuel en Thaïlande n’est pas une réalité secrète. Nombre de vieux cochons, de pédophiles et autres s’y rendent pour faire vivre cette industrie horrible où femmes, enfants et les fameux ladyboys sont constamment exploités. Il faut être aveugle pour ne pas remarquer des choses qui clochent, des choses que l’on dénoncerait haut et fort si on était chez soi. Des choses qui se passent fort probablement au Canada aussi, mais de manière beaucoup plus dissimulée. Ceci dit, un peu d’alcool et des nouveaux amis canadiens plus tard, nous étions assises dans un sous-sol crade, prêtes à assister au fameux Ping Pong Show. J’ai déboursé assez naïvement des sous pour voir des femmes se mettre toutes sortes de choses (animaux inclus) dans le vagin, ou encore avoir des relations sexuelles sur scène afin de divertir un public tantôt mal à l’aise, tantôt dégoûté… et parfois grossièrement allumé. J’ai honte, notamment parce que ces femmes ne cherchent qu’à subvenir aux besoins de leur famille par les moyens du bord, à survivre. D’ailleurs, si la Thaïlande est perçue comme maîtresse de l’ouverture d’esprit avec sa panoplie de transgenres flamboyants sur toutes les avenues touristiques, la réalité est tout autre. Être ladyboy, c’est aussi devoir plus souvent qu’autrement passer sa vie dans l’industrie du sexe ou du divertissement sous toutes ses formes… Le film documentaire Insects in the backyard disponible sur Youtube saurait vous en dire long à ce sujet.

Les « femmes girafes »

D’abord, « femme girafe » est le terme péjoratif pour désigner le peuple Karen, originellement issu de la Birmanie avoisinante. Lors de notre périple, nous avions envie d’aller à la rencontre de cette minorité ethnique et d’en apprendre sur son mode de vie traditionnel. Nous avons appris que les Karens étaient victimes d’un ethnocide et trouvaient sanctuaire en Thaïlande – cette chaleureuse Thaïlande qui leur offrait un second souffle. En fait, ce n’était qu’un cauchemar pour un autre. Je n’ai pas tardé à me rendre compte que ces immigrants étaient confinés à étancher la soif d’exotisme des touristes en étant forcés de vivre de façon rudimentaire. Les femmes sont forcées à porter leurs anneaux au cou telles des animaux de cirque. Impossible pour ces personnes d’obtenir la citoyenneté thaï ou d’obtenir des services médicaux et sociaux dignes. Faire office de musée vivant folklorisé en tissant des foulards est leur seule option viable. Il y a également eu des cas de stérilisation forcée des femmes afin qu’elles ne puissent avoir d’enfant en Thaïlande, puisque ces derniers seraient dotés de la citoyenneté thaï. Si les femmes sont cloîtrées dans un zoo humain, qu’en est-il des hommes Karens? Le taux d’alcoolisme et de dépendance causé par le désespoir imminent est très élevé parmi ces derniers, qui croulent sous le sentiment d’inutilité sociale. Sinon, travailler avec les éléphants est souvent la seule option d’emploi pour ces hommes. Je ne souhaite pas m’embarquer dans un débat sur l’exploitation des éléphants, puisque le sort de plusieurs humains à la source de l’industrie est tout autant déplorable… Ce serait peut-être un sujet intéressant pour un prochain article.

En espérant que mon témoignage personnel serve à augmenter le taux de touristes sensibilisés et informés. Voyager fait réfléchir, me pousse fermement à me sentir comme un meilleur humain chaque fois. Apprendre de ses faux-pas fait partie de la game. La Thaïlande mérite certainement d’être vue sous un angle plus glorieux. C’est par le tourisme intelligent que ça a espoir de changer!

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