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Et elle s’était choisie

Aucun message. Aucun signe de vie. La seule notification qu’elle avait datait d’il y a deux jours. 

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À l’époque, elle aurait été dévastée de voir que cette amie qu’elle avait un jour considérée comme sa sœur n’essayait pas de la rejoindre pour régler leur différend. Mais ce matin, couchée dans son lit, les yeux rivés sur la tache turquoise de son plafond blanc, elle commençait déjà à s’habituer à son absence. Elle réalisait tranquillement que tout ce chaos qui avait envahi son esprit était de son propre ressort. Une partie, du moins.  

Lorsqu’elle était petite, sa mère lui avait parlé de l’importance de se choisir dans la vie.

Ma chérie, lui avait-elle maintes et maintes fois répété, si jamais une situation te rend inconfortable, tu as le droit de dire non. De te choisir. Si un garçon veut faire des choses que tu ne veux pas faire, tu dis non. 

On lui parlait souvent de se choisir vis-à-vis des garçons, mais on ne lui avait, à aucun moment, glissé mot de la pire chose qui pouvait arriver. On ne lui avait jamais dit qu’un jour, elle devrait se choisir face à sa famille et ses amis… Surtout pas ses amis.  

Cette réalité la frappa de plein fouet lorsqu’un beau soir d’hiver, son père s’était choisi et était parti. C’est à ce moment qu’elle avait réalisé qu’accepter son choix était l’unique chose à faire ; que ressasser le passé et s’accrocher à l’ombre d’une personne n’était pas sain pour elle. Mieux valait vivre avec les bons souvenirs plutôt que de se cramponner à un homme qui ne voulait pas rester. Ainsi fut la première fois qu’elle s’était choisie. 

Sa deuxième fois fut digne des sages paroles de sa mère. Un garçon qu’elle aimait bien, mais qui n’était aucunement digne d’elle, excellait dans l’art de la manipulation et vivait sans attache. Elle, vivait dans l’attente de ses nouvelles, vivait de ses douces paroles et le regardait partir en voleur au petit matin sans même savoir lorsqu’elle le reverrait. Un matin, alors qu’étrangement il restait à ses côtés, elle réalisa qu’elle ne désirait pas ce type d’amour décousu; un amour brûlé avant même qu’il n’ait été allumé. 

Et puis il y avait eu ce choix-là. Celui qui l’avait un peu tuée de l’intérieur. Un choix nécessaire, mais douloureux. Un choix qui ressemblait à la théorie du yin yang. Cette amie, qui avait un jour été la plus importante personne dans sa vie, avait laissé le temps les éloigner. Malgré ses maintes tentatives pour garder contact, malgré les crises de pleurs et d’hystérie, cette amitié n’était pas faite pour durer. Son amie lui faisait signe uniquement lorsqu’elle vivait des moments difficiles et disparaissait dès que la jeune femme lui parlait de ses propres problèmes. Cette mascarade avait duré déjà trop longtemps, lorsqu’elle décida d’enlever cette amie qui puisait tous ses petits bonheurs.  

Au petit matin, le lendemain, alors qu’aucun message n’apparaissait sur son appareil, elle réalisait que le vide qu’elle ressentait en elle n’amoindrissait pas le sentiment de liberté qui pulsait dans ses veines. Que se choisir était certes douloureux, mais que pour rien au monde elle ne voulait retourner dans ses relations toxiques. S’ils ne voyaient pas la jeune femme extraordinaire qu’elle était, les obliger à rester ne les aiderait pas à le remarquer.  

C’est quelques années plus tard qu’elle comprit. Se choisir n’était pas uniquement de supprimer les personnes négatives; Se choisir était un choix au quotidien; Se choisir était de mieux manger, pour être en santé; Se choisir était refuser de normaliser les commentaires désobligeants de ce client misogyne; Se choisir était d’aller au spa une fin de semaine pour relaxer; Se choisir était de boire une coupe de vin en lisant du Maupassant plutôt que d’aller à un 5 à 7 qui ne la charmait pas.  

Elle réalisait qu’en se choisissant au quotidien, elle n’aurait pas eu à effacer toutes ces personnes de sa vie et que si elle avait mis ses limites dès le départ, jamais elle n’aurait souffert. Elle devait juste apprendre sa véritable valeur et réaliser qu’elle aussi, méritait un peu de bonheur. 

 

 

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