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J’te raconte

Laisse-moi te raconter une histoire. Ce sera pas la plus belle, ce sera pas la plus triste. T’en auras peut-être entendu des dizaines comme celle-là. J’te raconte quand même. J’te raconte parce que je crois que ça peut faire une différence. J’te raconte parce qu’en parler sauve des vies.

Y’a quelques années, j’étais sur le sol, au sens propre, au sens littéraire aussi. Les années devant moi, bien loin de m’enchanter, m’effrayaient, me décourageaient. J’voulais pas aller là, j’savais pas où j’allais ni avec qui y aller. J’me sentais pas le bienvenu et j’voulais pas les accueillir. J’me disais que les sourires, le bonheur, la vie, j’étais pas fait pour ça, que j’étais arrivé ici par erreur, que j’devais repartir au plus vite avant de réellement tout gâcher. J’avais l’impression d’être un poids. Les gens qui disaient m’aimer finissaient toujours par partir – ils avaient raison après tout, qu’avais-je à leur offrir?

Mais j’étais pas seul, j’avais des amis. Est-ce que j’avais l’air malheureux? Jamais. Toujours souriant, toujours au-dessus de mes affaires. Tellement une belle façade; sociable, loquace, charismatique. Rien à avoir avec c’qui bouillait en dedans. Et puis un jour, la stabilité a rompu. Y’a suffi d’une perte majeure pour que la façade s’effrite.

Et quelqu’un a su lire en moi. Pas que j’en avais envie; j’étais juste découragé et ma décision était arrêtée, j’reviendrais pas dessus. Mais bon. Donner une chance au coureur, qu’ils disent, et elle avait l’air gentille dans le fond. Elle méritait pas que j’l’envoie promener. Dans le pire des cas, je la décevrais. Elle a su gagner ma confiance en me mettant les mots à la bouche.

« T’es pas bien ici, hein? Tu veux partir? »

J’croyais pas que, cette soirée-là, ma vie changerait pour le mieux. Parce que ma réponse à la question était pourtant bien claire; non, je ne suis pas bien, oui, je veux partir. Et puis tu vois, cette soirée-là, j’ai choisi la vie. J’ai choisi de m’ouvrir à quelqu’un. J’ai eu de la chance, me dirais-tu, que quelqu’un me mette les mots à la bouche, que quelqu’un parle pour moi, que quelqu’un sache lire en moi. J’étais pas assez décidé peut-être, me dirais-tu.

Moi ce que je te dis, c’est qu’en parler sauve des vies – que tu sois celui qui va mal ou celui qui va bien. En parler sauve des vies, en parler préviens, en parler ébranle. Les choses qui ébranlent font avancer. Les choses qui ébranlent font du changement. Les choses qui ébranlent ébranlent des vies. Et un ébranlement, c’est pas condamné à être négatif, au contraire.

J’te raconte, parce que t’es important pour quelqu’un, mais t’es important pour toi en premier lieu. Prends en conscience. J’te raconte parce que j’le sais que j’suis pas seul, parce que j’le sais qu’on peut changer ça. J’le sais que la peur d’en parler est là pour tout le monde. C’est triste de penser que dans certains cas, la peur de mourir est moins forte que celle d’en parler, non?

En cette semaine nationale de la prévention du suicide, brisons le silence, serrons-nous les coudes.

Anonyme

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