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La fameuse question: « Pis tu vas faire quoi avec ça? »

J’ai du mal à saisir quand et pourquoi cela a commencé, mais il semblerait que tous s’entendent à l’unisson pour ne donner de la valeur à l’éducation que lorsque de celle-ci découle un beau chèque de paie. Tant de domaines, tant de sujets et tant de passions qui font sourciller à leur évocation. Pourquoi donc? Parce que tout ce qu’on semble capable de manifester comme interrogation à l’égard de celui ou celle qui emprunte le chemin des études supérieures est l’inévitable et réductrice question : « Pis tu vas faire quoi avec ça? » Pourtant, bon nombre d’entre nous choisissent le chemin qui répondra pour le mieux à leur curiosité, leurs intérêts et leurs talents, sans se demander quelle récompense monétaire et sociale ils en retireront. On se fait alors tout petit. On répond qu’on ne sait pas, mais qu’on aime ça. On change de sujet, si possible, parce que cela ne semble pas suffire.

Au sortir du Cegep, à peine âgée de dix-neuf, je suis entrée au bac en psychologie, parce que le domaine m’intéressait ; parce que seulement quatre cours n’avaient pas réussi à satisfaire ma curiosité  à ce sujet ; parce que j’avais la vague idée d’enseigner cette matière plus tard. Me voilà donc avec un bac en poche, mais comme beaucoup d’autres de ma génération, ce diplôme n’a représenté ni la fin de mes études, ni mon entrée sur le marché du travail. Je pense avoir rapidement compris que le domaine que j’avais choisi n’était pas le bon. Pour le moins, pas celui pour lequel je désirais consacrer la majeure partie de ma vie. Je tenais tout de même à terminer, à avoir mon diplôme. Il demeure tout de même que j’ai travaillé dur pendant trois ans à étudier sans relâche et à m’instruire un peu plus chaque jour.

Durant ces années, on change, on s’ouvre et jamais on ne regrette notre choix. Ce que je regrette réellement, c’est qu’on ne l’avoue que très rarement. On préférerait nous voir découragés et empreints de jalousie devant celles et ceux qui ont su dès le début ce à quoi leur vie serait dédiée. Si ce qu’on voulait, c’était d’avoir tout ce bagage de connaissances qui nous accompagnerait ensuite toute notre vie, non seulement au travail, mais dans tout le reste? Si ce qu’on voulait vraiment, c’est de commencer notre vie avec la satisfaction d’être allé au fond des choses dans le domaine qui nous passionne? Je pense qu’une bonne partie de ce qu’on est réside dans ce qu’on sait et dans ce qu’on aspire à savoir. C’est là qu’on devrait saisir qu’il puisse y avoir un univers entre ce qu’on veut savoir pour le reste de notre vie et ce qu’on veut faire pendant quarante ans.

Alors, à toi qui, comme moi, te fais trop souvent répéter que tu as perdu ton temps, sache que je suis fière de toi. Tes connaissances et tes passions, personne ne pourra te les enlever. Elles sont ton armure, ta force et ta distinction. Dans un monde où l’instruction perd peu à peu de sa réelle valeur et où elle ne rayonne que dans une conception de monnaie d’échange, promets-moi de ne jamais avoir honte de ce que tu sais.

Source photo de couverture

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