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Mon TDAH et moi…

Je voudrais pouvoir dompter mon esprit. Mais parfois, j’ai l’impression qu’il ne m’appartient pas. Il appartient plutôt à cette fois où j’ai laissé la plaque allumée et que le saladier que j’ai posé dessus juste après a fondu. Encore une fois. Ou bien la fois où je me suis fait reprendre par ma boss alors que j’avais mille autres choses en tête que de penser à la prévenir que j’avais punché une minute en retard. Ou encore la fois où j’ai droppé mon cellulaire dans la neige et qu’il est mort gelé en emportant tous mes souvenirs avec lui.

Mon esprit est déjà dompté par tout ça. Il est déjà enchaîné par cette main invisible qui plane constamment au-dessus de lui et s’abat soudain, sans préavis, pour l’arracher à mon corps pendant

Cinq, dix, quinze minutes de trop.

Cinq, dix, quinze minutes assez.

Assez pour manquer l’information importante. Assez pour passer pour une fille tout le temps gelée. Je monte dans le train et saute d’un wagon à l’autre jusqu’à arriver dans la cabine du conducteur qui me dit « T’es pas un peu dépressive? ». Ma bulle éclate : il est trop tard, je le suis. J’ai pensé une seconde de trop, je me suis aventurée un peu trop loin dans l’irréel. Je suis dans l’irréel.

Encore une autre personne qui me dit qu’elle a dévoré un roman en une nuit. Comme je vous envie. Je voudrais savoir ce que c’est, de poser ses yeux sur une page et de pouvoir la lire d’un trait, sans que mon esprit ne s’endorme puis se réveille une heure plus tard, les yeux rivés sur la même page. Je voudrais pouvoir expliquer aux profs à quel point j’aimerais m’abreuver de toute cette connaissance qui ne demande qu’à être feuilletée, mais que quelque chose de plus fort que moi m’en empêche. J’aimerais pouvoir me débarrasser de cette étiquette de fénéantise qui me brûle jusqu’à l’os. Ce n’est pas moi. Je ne veux pas que ce soit moi.

J’accepte de plus en plus que peut-être, je ne suis pas prête à recevoir cette connaissance. Peut-être que ma façon à moi de connaître, dans ce monde, est ailleurs que dans la lecture. Peut-être qu’elle est dans la pensée. Mais dans un monde qui ne croit qu’en ce qu’il voit, je suis perdue. Je passe mes cours en voguant sur les introductions et les conclusions parce que la productivité de mon esprit ne dépend pas du degré de sophistication de mon café, ni de l’endroit où je me trouve. Je jongle avec mes états d’esprits, parfois quand je suis chanceuse la roue s’arrête sur la tranche « focus ». Je me récompense avec des bons plats et des soirées de détente pour chatouiller mon désir d’apprendre.

Parfois, prendre soin de soi, c’est s’apprivoiser.

Par Nora Legrand

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