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Nos vies misérables à 2h56 AM

2h56 AM, au bar miteux du coin. Il ne reste que quelques personnes dans le fond du bar et les pichets de bière qui traînent un peu partout ne laissent pas de doute sur leur état. Je dis ça, mais je suis comme eux t’sais, je juge pas. J’aime ça, closer des bars miteux, parce que tout le monde se supporte moralement sans rien se dire. On le sait qu’on est tous pathétiques ici. Je finis toujours pas trouver un gars cute dans le coin là-bas, mais c’est juste à cause de l’alcool dans mon sang pis mon petit sentiment de désespoir, pas parce qu’il est vraiment de mon genre.

J’ai ma mini-jupe trop courte que ma mère serait pas fière de voir avec mes collants plein de trous pis mon mascara qui a un peu coulé sur le côté de mon œil (sûrement parce que j’ai un peu pleuré tantôt dans les toilettes). Je trouve que ça me donne un petit look rebelle-cute, mais dans le fond j’ai juste l’air d’une fille qui sait pas gérer sa consommation de sangria pis qui se cherche une personnalité. T’sais dans le fond, c’est quoi le fun de sortir si tu peux pas te faire croire que t’es quelqu’un d’autre de vraiment plus cool qui gère le style je-m’en-foutisme-naturel-mais-je-suis-belle-quand-même mieux que toi.

J’aime ça, regarder les gens autour de moi et inventer leur histoire. C’est rarement des happy ending. Je me sens moins seule. Y’a clairement le gars là-bas qui est en peine d’amour mais beaucoup trop mâle pour l’assumer. Il croit que se ramener une fille ce soir va réparer son cœur piétiné. Classique. Y’a aussi la fille qui se fait mettre dehors par le barman parce qu’elle est trop hystérique. Elle doit venir  d’apprendre qu’elle s’est fait trompée. Classique again. Y’a la barmaid elle-même qui essaye de payer ses études à endurer des morons comme nous chaque soir.

Je nous regarde. Je suis surement trop saoule, mais ça me rend émue. Mes amies rient de moi et de mon over sensibilité à soir. Des fois, après quelques verres, je me sens comme une poète qui va révolutionner le monde à coup de shooter de vodka. C’est beau, la vie, quand c’est un peu flou.

2h59 AM, je sors du bar. Le frette de l’hiver me donne un choc sur mes jambes où mes collants sont troués. Mais mon sang (et surtout mon cœur) est encore réchauffé par l’alcool. J’avance d’un pas décidé, mais chambranlant, vers le taxi qui devra se taper mon discours non-cohérent sur ma solitude de fille qui fait semblant d’être strong and independant, mais qui doit sortir au bar miteux du coin pour bien s’endormir toute seule dans son lit le soir.

Shooter!

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