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Je suis Noire à l’année

Réflexion sur la pertinence et l’impact du Mois de l’histoire des Noirs

Aviez-vous réalisé que tout le mois passé était destiné à la célébration de l’histoire de la diaspora africaine?

Février et ses 28 parfois 29 jours célèbre le mois de l’histoire des Noirs depuis 1995 au Canada. Ce qui n’était auparavant qu’une semaine événementielle dans les années 20 aux États-Unis prend aujourd’hui une ampleur mondiale. Même dans certains pays où l’occasion n’est pas officiellement reconnue, plusieurs font tout de même l’effort de créer des évènements afin de discuter de la communauté Noire, de son histoire, de ses enjeux et de son impact sur le monde.

Personnellement, je perçois du positif et du négatif de cette initiative. J’éprouve à la fois de la reconnaissance et de la fierté sous les phares du Mois de l’histoire des Noirs, mais aussi un certain malaise devant ces discours de victimisation raciale et de baumes éphémères. Comme si le 1er Février, la planète réalisait soudainement l’existence de ma couleur de peau et allait nommer Barack Obama comme preuve suffisante du progrès de la condition de l’homme Noir… Comme si soudainement, le fait d’être inclusif et de porter des gants blancs pour mettre de l’avant la diversité de notre collectivité était une affaire nationale… Comme si, pour 28 jours seulement, des commentaires racistes saupoudrés d’ignorance salée, de l’intégration temporaire et du jugement coloré ne seraient pas tolérés… Sympathies éphémères et confettis.

Heureusement, le mois dernier, j’ai aussi observé de l’éducation dans toute sa proactivité, de la célébration et la force grandissante d’une communauté de gens ouverts d’esprit. Je ne serai pas celle qui abolirait le Mois de l’histoire des Noirs, mais je serai certainement de ceux qui suggèrent que la prise de conscience et l’engouement présent pour ma culture et son histoire soient mis de l’avant à l’année longue.

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De l’éducation

Selon moi, ici loge la force de l’existence du Mois de l’histoire des Noirs. Le fait d’inclure des éléments historiques et culturels sur ce thème dans des activités publiques, scolaires et communautaires a un grand potentiel pour vaincre l’ignorance et a une influence directe sur le racisme : être en mesure de parler des enjeux socio-culturels de la communauté Noire, savoir nommer des étoiles afro-américaines autres que Martin Luther King, pouvoir faire des références historiques appropriées, être en mesure de justifier l’importance du peuple africain et afro-descendant dans la constitution des sociétés contemporaines. Il y a un espoir incroyable pour ces enfants du primaire qui vivent l’expérience de cette célébration en discutant d’inclusion et de diversité. La survie physique et intellectuelle de jeunes Noirs dépend de ces discussions d’enfants et de leurs futures actions… Si le mois de l’histoire des Noirs est encore nécessaire pour introduire cela dans nos écoles, eh bien c’est déjà cela!

De la célébration

De la gastronomie à la causerie, en passant par le sport et la musique, il y a des activités qui célèbrent et mettent de l’avant la polyvalence de la culture de la diaspora africaine tout le long du mois. Pour tous les goûts, un peu partout, il y a de quoi créer de beaux liens et faire de belles découvertes. L’an prochain, je vous invite à suivre la programmation des organismes près de chez vous et à y participer activement.

Cette année, la célébration bat son plein grâce à la production cinématographique Black Panther. Beaucoup plus qu’un film de super-héros de Marvel, cette œuvre est une figure de proue de la diversité au grand écran et un pied de nez à la « recette hollywoodienne » . À la fois engagé et divertissant, ce film met de l’avant un casting presque entièrement constitué de Noirs (à deux exceptions près).  C’est l’occasion d’oser présenter un film politique avec des femmes fortes aux cheveux rasés et aux accents fièrement assumés, avec une trame sonore enregistrée en Afrique de l’ouest et des répliques qui font réfléchir : « Des armes à feu? Tellement primitif. » De la fierté Noire et des personnages qui préfèrent mourir comme leurs « ancêtres ont sauté de bateaux, tant ils savaient que la mort était préférable à l’asservissement ».  Si seulement Trump pouvait y jeter un coup d’œil…

donald trump

Si ce film ne vous dit rien,  »Google it & watch it. »

De la communauté

La folie Black Panther bat son plein, février achève et au matin d’avril, le Mois de l’histoire des Noirs prendra fin. On fera des blagues de poissons et on célébrera le printemps. Rien n’aura changé ou presque. Toutefois, ces quelques questionnements qui auront fait naître de la curiosité et de l’ouverture chez certains feront une différence dans les prochains mois. Il y aura ceux qui auront compris que nos ressemblances sont plus nombreuses que nos différences, que l’histoire des Noirs nous concerne tous.

En avril, je serai encore Noire. Je célèbre ma culture à l’année… est-ce qu’un mois est suffisant pour faire comprendre cela? J’aimerais vous dire que oui, mais vous savez très bien que non.

Parce que notre histoire s’écrit chaque jour, pas seulement 28 par année.

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