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P.O.R.N. : un labo pour [s’]extraire [de] la pornoculture et ses dédales

J’avais d’abord en tête de trouver à joindre Christian Lapointe et Nadia Ross sur Messenger//FaceTime avant le jour J pour faire paraître une entrevue illustrée de leurs visages vus sous divers filtres et masques. Oreilles de lapin, couronnes de fleurs, de flammes, etc. J’aurais dû ! Ç’aurait été l’idéal vu le dispositif mis en œuvre dans P.O.R.N. : PORTRAIT OF RESTLESS NARCISSISM, présenté le 23 février au Musée de la Civilisation à l’occasion du Mois Multi 2018. Enfin, un événement incontournable de la programmation [!], où l’on fait table rase des conventions [s’il y en a vraiment 🙈] sur le web.

Nadia Ross, P.O.R.N., Mois Multi 2018
Du chat en continu, scénarisé, en mode laboratoire, du web surfing désabusé et provocateur, dans l’attente constante d’une réponse de l’autre [individu réel ou robot selon votre réalité], du cybermonde au plus près de nous, loin de la deeptech. Un dialogue dans un quasi-effacement des humains derrière leur écran, leurs dispositifs numériques et autres logiciels. Messages, PhotoBooth, IOS Santé [Sommeil], FinalCut Pro, YouTube, YouPorn, Wikipedia, Google Images…


Source — Christian Lapointe et Nadia Ross

Un processus d’échanges qui culmine sur un entretien cynique et narcissique entre deux marionnettes dinosaures énonçant les bases de leur relation aussi unidirectionnelle que conditionnelle. Une scène magnifique; dans le genre emo, pour l’expressivité et la brutalité de la chose, mais surtout pour sa dissonance avec le discours réel attendu. AMHA, dans son exploration scénique multimédia du phénomène de la pornoculture, le duo laisse peut-être entrevoir au public certains des aspects indéniables d’un nouveau cyberparadigme, quitte à en exacerber la forme, jusqu’à l’extrapolation. Tels des misfits jusqu’au-boutistes, dans leur authenticité la plus totale. Peu importe la réponse de la 8-Ball.

« This is not theatre! » Les choix dans la mise en scène et une capture d’écran en tant que telle certifient bien l’esprit de cette étape de travail. D’autant plus que personne ne revient sur scène après les applaudissements. Malin. « Si nous faisons un théâtre ce n’est pas pour jouer des pièces, mais pour arriver à ce que tout ce qu’il y a d’obscur dans l’esprit, d’enfoui, d’irrévélé se manifeste en une sorte de projection matérielle, réelle. » (Antonin Artaud, 1926)

Au sein d’un cybermonde, de nouveaux principes s’appliquent, dont ceux de la multiplicité et de l’ubiquité. Être plusieurs [personnes] et être à plusieurs endroits à la fois! L’être restless narcissist pourrait se trouver dans une phase passionnée… ou insomniaque ou léthargique, à divers extrêmes. En l’occurrence ici rivé•e devant son écran. Une poésie du chat qui n’était pas sans me rappeler celle de Miranda July dans Me, You and Everyone We Know >>


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Prochaines représentations au Théâtre La Chapelle les 9, 10 et 11 mars à 20 h
Conception et jeu : Christian Lapointe, Nadia Ross • Direction technique : Matéo Thébaudeau, Rob Scott • Co-production : Théâtre Blanc (Québec), STO Union (Farrellton)

Engagés depuis un moment dans une conversation profonde sur l’art et la vie, Nadia Ross et Christian Lapointe furent, au fil de leurs discussions, sidérés par un constat : la pornoculture, corollaire de la société du spectacle, a envahi toutes les sphères de la société, et il semble désormais impossible d’y échapper. De la foodporn au shoeporn à la toolporn à la mise en ligne de soi, tout est devenu pornographie. Comment, dès lors, s’extraire des dédales de cette culture pornographique qui se pose en courant esthétique populaire et gagne sans cesse du terrain sur nos vies quotidiennes ? Aux prises avec ce problème, qui remet même leurs propres pratiques en cause, Lapointe et Ross se lancent ici dans une aventure pour explorer les mécanismes de ce phénomène.


Spoiler alert !

Côté bande sonore, cette performance reste un vrai sac à surprises. Calculé dans les choix, mais fidèle au YouTube surfing dans le rythme, plus décalé.

 
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