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L’art de ne rien faire

Vendredi soir. J’ai quelques heures devant moi. C’est le moment idéal pour souffler, respirer un peu après une semaine chargée. Parce qu’entre les soirées entre amis, les rencontres familiales, les 40 heures de travail hebdomadaire, les activités physiques et les tâches ménagères, les temps libres sont rares. Et alors que je devrais me sentir soulagée, libre de soucis et légère, je ressens plutôt un poids sur mes épaules. Je me sens soudain inutile. Je ne sais pas quoi faire des ces heures libres. Puis, je stresse et je me sens mal de « ne rien faire ».

Je sais que je ne suis pas la seule. Notre génération a été éduquée selon les grandes lignes de la performance et du succès. Bien sûr, on ne s’empêche pas de dévorer des séries sur Netflix ou de flâner sur Instagram, mais au final, on a un peu honte d’avoir perdu de précieuses heures où l’on aurait pu faire quelque chose d’intelligent ou socialiser. Même chose lorsqu’on est plein de remords quand on perd une belle journée d’été à l’intérieur, alors qu’on aurait pu être en bateau avec des amis. On sent qu’on a manqué un moment avec des êtres chers, qu’on n’a pas profité du beau temps, comme si c’était la dernière journée de notre vie où le soleil allait briller.

Je me dis que c’est la routine, c’est le fait d’être empêtré dans le metro-boulot-dodo qui me rend comme ça, que durant mes vacances je vais savoir souffler. Puis, je décolle, et j’atterris dans des terres peuplées de palmiers et de hamacs où les journées sont rythmées par la marée de l’océan et la chaleur du soleil. Bref, tous les éléments pour une farniente parfaite sont réunis, mais j’ai encore de la difficulté à me poser deux minutes. Je veux enchaîner les activités, je veux voir des attractions intéressantes, je veux essayer tous les meilleurs restos et faire les plus belles randonnées. Puis, s’il pleut, si une activité est annulée ou si je suis prise dans un transport qui tarde à arriver à destination et que je me ramasse à ne rien faire pour quelques heures, je panique et je sens que je rate mon voyage.

Je ne nous mets tous pas dans le même bateau. Je sais que certains profitent de ces instants de liberté sans soucis ou arrières pensées. Mais je crois que apprécier « ne rien faire » est un art, comme certains ont la patience et le talent pour apprendre à peindre ou à jouer d’un instrument. Je les envie. On devrait tous apprendre cet art, pour une vie plus saine et moins anxieuse. On ne devrait jamais se sentir mal de prendre du temps pour soi, de prendre du temps pour apprécier que la vie n’est pas seulement d’être actif mentalement ou physiquement, de prendre du temps pour se dénuer de toutes pensées. La vie n’est pas que travail et socialisation. La vie, c’est aussi avoir ses moments à soi, où l’on peut recharger ses batteries et passer du temps seul avec soi-même.

Et toi, prends-tu le temps de ne rien faire et de l’apprécier?

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