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L’artiste de la semaine : Smoluk, passion Carton

Smoluk, est une artiste du carton, une artiste qui touche à la matière comme d’autres touchent au papier, aux pinceaux, aux crayons. De ses deux mains, elle modèle des chaussures, à son image, créative et connectée au monde qui l’entoure.

Son patronyme Smoluk lui vient de sa mère, un nom de famille qu’elle porte fièrement et dont elle signe ses chaussures en carton, nom qui, croyez-moi, va faire parler de lui.

Je vous invite à découvrir avec moi cette femme en floraison qui se lance dans un projet de vie, se donnant corps et âme dans une production made by hand, à base de carton récupéré au détour de dérives urbaines, dans les poubelles de ses ami•e•s, auquel elle donne une seconde vie bien méritée.

Du design au carton, le chemin de Smoluk

Originaire de Lyon, Alice (avant Smoluk) entame des études d’arts appliqués. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre le carton. Avec comme mission de créer un jouet à partir de cette matière, elle découvre la flexibilité et les potentialités infinies de ce matériau laissé pour compte et pourtant partout autour de nous. En parallèle, son amour pour le tissu, la couture et la mode lui donnent des idées. Elle commence à réfléchir aux possibilités de création du carton mêlé avec ces centres d’intérêt plus spécifiques. Elle pense d’abord à la scénographie, à l’interaction entre la communication des objets avec le monde réel. Son parcours jusqu’à maintenant foisonne de réflexions plus profondes sur son environnement.

Bien décidée à se lancer dans cette voie, elle repère sur le web les artistes du carton qui, comme elle, ont choisi d’en faire leur métier. Parmi eux, une personne se démarque : Laurence Vallières, une sculptrice de carton connue pour ses immenses statues animales qui voyagent à travers le monde. Fraîchement débarquée à Montréal, Alice travaille avec Laurence. À ses côtés pendant deux ans, elle suit un apprentissage sur le terrain, apprend à toucher la matière, à en faire ce qu’elle veut, à ouvrir son horizon de création.

Aujourd’hui, Smoluk se lance sous son nom, prête à conquérir un monde de l’art où le carton reste encore une niche, mais elle a une arme secrète, qui est née d’une idée absolument originale venue d’une problématique personnelle : la petite taille de ses pieds. Eh oui, car notre Alice préférée chausse un petit 2 ½ et trouver des chaussures à sa taille et à son goût est loin d’être tâche facile. Ainsi, motivée par ce challenge vestimentaire, elle caresse l’idée de créer ses propres chaussures avec son matériau de prédilection : le carton.

Sneakers et Carton, la signature Smoluk 

Cardboard Love, Carton for Life pourraient être les leitmotivs de Smoluk tant elle est passionnée par ce choix de matériau, qu’elle incarne et auquel elle croit dur comme fer. Plusieurs arguments ont sculpté cet amour réciproque. D’abord, la gratuité de ce matériau, trouvable à tout endroit et en tout temps. Caisse de bières, carton de pizza, boîte de déménagement, boîte à chaussures, packagings quelconques. « Le carton c’est comme le plastique », dit-elle; « il est quotidien et l’on sous-estime sa capacité, le carton est un matériau lourd » de conséquences, aurait-elle pu ajouter. Elle veut contredire cette image cheap du carton. Puisqu’en matière d’art, au-delà de contribuer à la tendance des meubles en carton pur et dur, Smoluk veut en faire autre chose. Elle a l’ambition de l’esthétiser, de lui rajouter un truc en plus, le rendre accessible. Une conviction l’anime : on peut tout faire avec le carton, c’est le matériau de tous les possibles.

Depuis toute jeune, Alice aime les chaussures, aime les sneakers, celles qui lui permettent de se sentir bien, d’avancer un pied devant l’autre dans la vie. Nike et Adidas, en tant que marques innovantes et valorisantes de l’identité propre de chacun, l’inspirent. Mais c’est aussi une proximité avec la culture hip-hop, la musique et la subversion nécessaire de ce monde qui la mènent vers la création des sneakers.

  • Smoluk
  • Smoluk

Écologie VS Street Art, quand les inspirations s’emmêlent

Pour Smoluk, ses chaussures sont au-delà d’un objet de design. Elles sont le moyen de diffuser un message conscient sur l’état de notre planète et de notre consommation. Fondamentalement concernée par les problématiques écologiques de notre temps, elle tente, à travers sa création, de montrer d’une part qu’il est nécessaire d’apprendre à recycler de manière intelligente. D’autre part, elle incarne une idée de liberté artistique : l’idée qu’il est possible, de par les choses qu’on aime et qu’on décide de mettre en avant, de bien faire les choses. Smoluk sourit en me disant qu’il faut « comprendre le carton, en faire une oeuvre d’art, il faut faire cliquer les gens ».

Son travail sur les chaussures est multiple, il est marqué par sa pratique de la couture, qu’elle développe depuis l’enfance. Son amour du détail et sa réflexion permanente sur la signification symbolique de son travail rendent ses chaussures hautement plus intéressantes. De plus, de par tout ce qu’elle pioche dans le monde du street art; dans sa compréhension de la rue, de l’urbanité comme source de vie — mouvante, intense, historique et réelle — elle transforme des codes de la culture populaire en des symboles ironiques des modes de consommation globalisés.

Ces derniers temps, elle s’intéresse de plus près au shoefiti : le fait d’installer une paire de chaussures en équilibre sur un fil électrique. Néologisme fondé sur la contraction de shoe et graffiti, cette pratique est un pied de nez à une consommation irréfléchie d’objets créés dans des conditions parfois abusives.

  • shoefiti
  • shoefiti

En accrochant des sneakers en carton sur les fils du monde, Smoluk parle au consommateur en nous-mêmes, à la façon dont on manque parfois d’empathie pour tout ce qui nous est offert et que nous prenons pour acquis. Ce volet en construction de son travail demande un travail sur la technique, sur la longévité de l’objet afin qu’il tienne sur la durée. Ce n’est pas sans un enthousiasme latent qu’elle me confie avec plaisir « je m’améliore de jour en jour ». Impossible d’en douter quand on voit l’évolution rapide de sa collection de chaussures. Investie dans sa passion, dans l’aspect artistique de sa pratique, Smoluk incarne une génération de créateurs allumés, innovateurs, intéressés par le monde qui les entoure et les passions qui animent les jeunes et les moins jeunes. 

Stay Tuned on Smoluk

Après avoir voyagé à travers le monde pour accompagner Laurence Vallières, Alice/Smoluk se taille aujourd’hui une place sur la scène de l’art international. Ses commandes se multiplient à travers le globe et la liste d’intéressé•e•s à son agenda ne fait qu’augmenter. Cette étoile montante du carton a l’énergie d’une lionne et la délicatesse d’une Gabrielle Chanel. Les superlatifs ne sont pas de trop au regard d’un parcours atypique qui ne cesse de s’ouvrir à de nouvelles possibilités. Sa création se nourrit de multiples collaborations artistiques avec d’autres créateurs ou des marques envieuses de renouveler leur identité.

Smoluk est une référence en devenir dans le monde de l’art éthique, conscient et résolument décomplexé.

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