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Cette société qui veut que je sois en couple

La société n’aime pas les célibataires.

Ce constat m’a frappée récemment lorsque j’ai atteint le quart de siècle et qu’une accumulation d’événements anecdotiques a fait en sorte que j’ai décidé d’en parler ouvertement à mon entourage.

Petite mise en contexte : cela fait des années que je fréquente des gars sans que rien de sérieux n’aboutisse. Et je suis bien malgré tout. Ce que je veux dire, c’est que je préfère nettement être seule que mal accompagnée, et si cela veut dire que je dois vivre seule toute ma vie, eh bien je l’accepte.

Je n’ai donc pas de problème à vivre seule, mon estime personnelle n’en est pas si affectée puisque, dans une certaine mesure, j’y suis habituée.

Le problème, c’est que la société, les gouvernements, les entreprises, les compagnies d’assurance ont fait en sorte que, de nos jours, il est presque impossible de bien vivre financièrement seul•·•e.

Acheter une maison ou un condo seul·•e, avec un salaire annuel de 40 000 $ et moins, est maintenant une utopie. Louer un appartement seul·•e, c’est vivre dangereusement.

Même la plupart des couples n’arrivent pas à acheter. Ils peuvent tout juste louer un logement décent.

Et certaines personnes dépendent entièrement de leur conjoint·•e pour vivre.

Je ne veux pas dépendre d’un gars toute ma vie.

La première fois que cette réalité m’est apparue, c’est quand j’ai téléphoné à mon concessionnaire automobile, il y a deux ans, pour prendre rendez-vous afin de changer mes pneus.

J’avais besoin d’un service de raccompagnement, mais la dame au téléphone m’a dit qu’il n’y avait aucun service qui débutait avant 8 h le matin :

– Vous n’avez personne pour raccompagner les gens à leur travail avant 8 h?
– Non.
– Mais qu’est-ce qu’ils font les gens qui, comme moi, doivent être devant leur écran au travail à 8 h tapant?
– Ah ben, mademoiselle, les gens normaux ont un conjoint ou une conjointe pour aller les chercher et les porter au travail!

J’ai raccroché, et je ne suis plus jamais retournée chez ce concessionnaire.

Un deuxième événement du genre m’est arrivé lorsque je me suis rendue dans une agence de voyages pour analyser les différentes possibilités pour un voyage en solitaire :

– Ce sont de très beaux itinéraires! Dans le cas où je décide de prendre ce circuit, combien ça me coûte pour voyager seule?
– C’est 5 000 $.
– QUOI?! Pourquoi c’est aussi cher?
– Puisque tu es seule, il faut que tu compenses les frais d’hébergement de l’occupation double, car les forfaits et circuits se donnent uniquement en occupation double…
– Il n’y a pas de voyages organisés pour les gens qui veulent voyager seuls?
– Non, habituellement, les gens voyagent beaucoup avec leur chum ou leur blonde.

Bon.

Un troisième événement a suivi quand je regardais pour la possibilité d’acheter un condo et que j’en ai discuté avec un professionnel :

– Il est impossible d’acheter seul•·e, à moins d’être médecin ou d’avoir gagné à la loterie.
– Même si j’économise tant?
– Tu sais, la vie est faite pour être vécue à deux. Seul•·e, c’est difficile.

Tout ça sans compter les fois où mes amies voulaient sortir à condition que leur chum les accompagne ou ne pouvaient pas se faire à l’idée de passer une soirée sans leur chum qu’elles voyaient chaque jour, versus leur amie qu’elles voyaient une fois toutes les deux semaines.

Alors voilà. Tous les discours qui mettent l’accent sur les bienfaits de vivre seul•·e sont vrais.

Les messages qu’évoquent les nouveaux films d’animation comme La Reine des neiges ou Moana sont admirables et pertinents. Admirables, parce qu’on se détache enfin des classiques de la belle princesse et du prince charmant. Pertinents, car on ne devrait pas avoir besoin d’un gars pour être sauvée.

Ces belles leçons de morale ne se sont toutefois pas encore transposées dans la réalité quotidienne des taxes et des impôts.

C’est vrai qu’on peut être bien seul•·e, parce que je le suis.

Mais, la société me complique toujours les choses et elle exerce des pressions extérieures et financières qui me font parfois peur et douter de moi.

Je ne dis pas qu’on ne peut pas vivre seul•·e. Ce que je tiens à mentionner, c’est qu’il est presque impossible de vivre confortablement financièrement seul•·e.

Tout ça juste parce que la société n’a pas été foutue de s’adapter aux célibataires qui se font de plus en plus nombreux depuis l’éclatement des mariages et les changements de mentalités en matière de relations amoureuses.

Espérer ne pas être la seule à vivre ce genre de contradictions me rassure et me décourage à la fois.

C’était la revanche d’une célibataire.

Photo de couverture : Source

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