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Le syndrome de la porte ouverte

Je suis la première à dire que la vie ne doit pas se limiter à une seule chose. Je crois sincèrement à la force de la diversité. Qu’un esprit ouvert est la clef pour se créer de nouvelles opportunités, faire de nouvelles rencontres. Mais il vient un temps où les choix commencent à s’imposer d’eux-mêmes, où l’attitude du genre « Yes Man«  est de moins en moins applicable. L’ère de la prise de décision (aka l’ère de la pseudomaturité) doit arriver à un certain moment, à ce qu’il paraît.

Et clairement, cette faculté de faire des choix, d’assumer ses faits et gestes, n’a pas été dispensée à parts égales pendant la confection de l’être humain. Ma propre personne faisant partie de ce groupe déficitaire à la naissance, sans aucun doute. Quand choisir entre deux boîtes de céréales à l’épicerie est un combat, t’sais… Je vous laisse imaginer quand il est question de choix de carrière, de lieu de domicile, de (mauvais) garçons, etc. Vous comprenez le principe…

Et de toute évidence, je ne suis pas la seule avec cette option manquante. J’ai rencontré mon lot de personnes au travers des années pour qui la faculté d’assumer ses propos ne figure pas dans leur curriculum vitae. Charmant par moment, mais généralement plutôt chiant, assumons-le. En effet, je considère qu’à partir du moment où ton handicap décisionnel vient brimer le bien-être des gens qui t’entourent, on ne parle plus d’un petit défaut naïf, mais de quelque chose de pathologique. Vous savez, dans le même ordre d’idée qu’il existe des « menteurs pathologiques », je crois que le « non assumé pathologique » est aussi un syndrome à part entière, que je me plais à appeler « Le Syndrome de la Porte Ouverte ».

Le concept est plutôt simple à comprendre et applicable à plusieurs facettes de la vie quotidienne. C’est la représentation même d’avoir toujours besoin d’une porte de sortie, de ne pas être capable de s’ancrer à quelque chose, à quelqu’un. C’est s’assurer de toujours faire partie du paysage, sans s’engager, sans assumer les responsabilités qui pourraient en découler. Autant au niveau professionnel, relationnel que personnel.

Tentons d’analyser le non assumé du 21e siècle. Et messieurs, vous m’en voyez désolée, mais oui, il sera décrit comme appartenant à la gent masculine pour l’exercice. Mais son équivalent féminin existe, j’en conviens.

Ainsi, le fier représentant de ce syndrome s’éternisera à l’université ou aura eu plusieurs emplois, pourra même avoir fait plusieurs changements de plans de carrière. Et encore à ce jour, il doute qu’un emploi puisse un jour le combler à 100 %. Il aura tendance à préférer le mode de vie nomade, voyageant autour du monde, s’assurant ainsi de limiter au minimum les obligations pouvant être liées à un domicile fixe.

Lorsque célibataire, il s’assurera de toujours avoir un plan B. Que ce soit cette fréquentation occasionnelle, son ex-copine ou encore celle qu’il définit simplement comme sa très bonne amie; il entretiendra cette relation juste assez pour qu’elle survive. Une sortie sportive, un souper au resto, un flirt de congrès, un texto un peu festif, du moment que ça permet de garder cette porte légèrement entreouverte, de l’empêcher de la faire décrocher. Se laissant ainsi toujours l’option du « au cas où qu’on s’aime un jour ».  

N’étant pas capable d’assumer son manque d’intérêt pour une personne, il est incapable de simplement dire non merci. Il préférera plutôt ne pas répondre ou encore s’inventer une raison pour se défiler. Il sera soit trop sage, soit trop occupé, soit dans une mauvaise période de sa vie pour accepter ce type de proposition.

Une fois en couple, par contre, il aura tendance à persister dans cette relation qui ne fonctionne pas. Toujours incapable de dire non, il aura certainement découché à une ou plusieurs reprises. Et il ne sera pas le premier à partir, soit par manque de volonté, soit parce qu’il ne peut assumer devoir renoncer à son happy ending. Sauf si une porte s’ouvre ailleurs entretemps…

Bien entendu, ce syndrome peut se présenter sous différentes formes et pas toujours avec la même intensité chez la personne touchée. Pour ma part, je ne crois pas être trop atteinte malgré tout, me situant encore dans la zone charmante/naïve du problème. J’assume bien le fait de ne pas toujours crier haut et fort mes opinions/mes convictions et en assume les conséquences. Je suis simplement née avec trop de filtres (du genre je devrais demander des droits d’auteur à Instagram) et je déteste tellement déplaire, qu’au fil du temps, on dirait que j’ai oublié comment faire.

À toi qui te reconnaît un peu, beaucoup ou trop par ce texte, s.v.p. : apprends à dire non. Apprends à t’assumer. Apprends à t’engager. Apprends à partir quand c’est le temps et à rester de temps en temps. Ça ne sauvera peut-être pas le monde et ne guérira personne du cancer, mais ça va simplifier la vie de bien du monde autour de toi, incluant toi et ton espèce. Trust me.

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