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Pourquoi j’ai appris à dire NON (et comment j’ai cessé de glorifier une vie « occupée »)

Je suis tombée sur cette publication l’autre jour qui clamait haut et fort « Stop the glorification of busy », que je pourrais librement traduire par quelque chose comme « Cessons de glorifier un mode de vie occupé ». Ça m’a fait réfléchir, un peu beaucoup, sur la vie que je menais.

Dans la vie, rien ne me fait plus plaisir que de rendre heureux les gens qui gravitent autour de moi et d’avoir l’impression de pouvoir redonner à ma communauté, d’être utile. C’est peut-être un peu pour ça que j’ai une tendance à avoir le OUI assez facile. Une activité, un projet, un travail à faire : tu peux compter sur moi, je vais me porter volontaire aussi rapidement que Katniss Everdeen dans Hunger Games ou qu’un enfant à un spectacle de magie. Je ne saurais pas trop dire si cela vient de moi ou si cela m’a été appris par mon environnement, mais j’ai l’impression que de dire non, ça revient presque à abandonner, à paraître lâche, à faire preuve d’un manque de détermination ou d’ambition.

Peut-être au fond que j’ai aussi un peu peur des temps morts, ces grands moments pleins de vide où je dois gérer mes pensées pêle-mêle et me convaincre que je suis très bien en ma propre compagnie. Je veux dire, ça va, je m’apprécie et je suis capable d’endurer la solitude (en fait, j’ai même souvent besoin de mes petits moments en tête à tête), mais par moment, ma seule conscience pour m’accompagner, ça devient long.

Alors je m’occupe, je m’invente des missions dignes d’un grand chef d’entreprise ou de mère Teresa, je m’implique à gauche et à droite pour être bien certaine de me sentir occupée. Chaque parcelle de temps que je donne ailleurs est comme une pelletée de terre qui comble un trou ennuyant dans lequel je ne veux pas tomber. Et par le fait même, on dirait que ça me valorise. Quand je vois mon agenda avec des cases bien remplies, j’ai ce sentiment de satisfaction. Quand j’énumère tout ce que j’ai accompli dans une journée à quelqu’un, je me sens une meilleure personne. Après tout, être aussi engagée et être aussi busy qu’une abeille, ça doit bien vouloir dire que mes compétences sont précieusement utilisées, que je suis en demande et qu’on a besoin de moi! Mais pourquoi est-ce si important, en réalité?

Dans cette ère de la performance, on nous répète toujours que le succès est un idéal qui doit s’atteindre par des sacrifices, le premier étant souvent son propre temps, le second étant de se faire passer en dernier, après tout le reste. On dit qu’il faut travailler fort, qu’on devrait être toujours les premiers à arriver au bureau et les derniers à partir, qu’on doit continuer de créer et de produire. Oser vouloir se distancer de tout ça et vouloir prendre un peu de temps libre pour soi, vouloir ne rien faire juste un moment, ça relève pratiquement d’un acte de rébellion.

À toutes ces idées, moi je réplique qu’une vie occupée n’est pas synonyme d’une vie réussie ou d’une vie plus heureuse. Je l’ai appris moi-même aux dépens de ma santé, mentale autant que physique. La plénitude et la réalisation de soi, ça se trouve aussi dans le calme, dans les petits détails du quotidien.

J’en ai donc assez de dire à mes proches et à moi-même que je suis trop « dans le jus » pour penser à eux, et de courir derrière les secondes, les minutes, les heures. Je voudrais pouvoir vivre plus à mon rythme, pas à celui de mes tâches à faire, de la pression de mes échéanciers ou de la société surmenée. Que ma tête tourne un peu moins que les aiguilles d’une montre. J’aimerais pouvoir mieux contrôler le temps au lieu de me laisser contrôler par lui.

Je dis donc oui à plus de Netflix. Plus de marches juste pour le plaisir de prendre l’air et de se dégourdir les jambes. Plus de promenades en voiture avec la musique forte. Plus de bains moussants. Plus de livres à lire pour le plaisir. Plus de cuisine qui fait du bien (surtout les pâtisseries). Plus de temps pour soi, simplement.

Et j’aimerais vraiment que la prochaine fois que tu me demandes qu’est-ce que je fais ce soir ou demain, je puisse te répondre sans aucune culpabilité et sans me sentir dévalorisée : rien.

Juste rien.

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