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À l’enfant que j’aurai un jour… ou pas

À toi, petit être qui grandira un jour dans mon ventre… ou pas,

J’ai eu envie de t’écrire, parce que j’ai l’impression que tout ce qu’on fait, c’est se justifier auprès d’une société qui, vraiment, n’en a rien à faire de nous écouter. La société, c’est comme un parent réfractaire aux idées nouvelles : il faut parfois prendre des mesures extraordinaires pour se faire entendre d’elle. Des fois, aussi, il faut juste abandonner et faire ce qu’on veut. Il faut réaliser que, décidément, on ne lui doit pas d’explication pour la façon dont on choisit de mener nos vies.

Mais, à toi, petite boule d’amour qui viendra de moi – ou pas, je ressens le besoin d’expliquer pourquoi je choisirai peut-être de ne pas t’avoir. Et, si jamais je t’ai, je souhaite aussi que tu comprennes pourquoi j’ai si longtemps hésité.

La première chose que j’aimerais que tu saches, c’est que je n’ai rien contre les enfants et encore moins contre les gens qui décident d’en avoir. Je trouve ça courageux et noble (et certainement un peu fou), mais il n’y a pas grand-chose que je trouve plus beau chez quelqu’un qu’un brin de folie. Reste que ce n’est pas parce que c’est le chemin de vie parfait pour quelqu’un, qu’il faut absolument que ce soit le mien.

Il faut aussi que tu comprennes que je pense que « l’instinct maternel », c’est un peu du n’importe quoi. Oui, j’imagine que certaines femmes naissent avec des prédispositions à s’occuper des autres, mais ça n’a pas grand-chose à voir avec le fait d’être une femme, si tu veux mon avis. Certains hommes sont également des papas-nés. Donc, ce n’est pas parce que, biologiquement, je peux faire des humains que je suis obligée ou même que je devrais en avoir. Prends ceci en exemple : personnellement, j’ai toujours voulu être mannequin, mais j’ai des jambes de la moitié de la grandeur que ça me prendrait. Est-ce que ça veut dire que mon amie qui est grande devrait devenir mannequin, sous prétexte qu’elle en a les attributs? J’ose croire que non. Ça dépend de ses désirs, de ses passions. C’est son choix. Il en est de même pour la maternité. Du moins, ça devrait.

Je veux te parler d’égoïsme, aussi. Apparemment, c’est égoïste de ne pas avoir d’enfant, parce que donner la vie est ce qu’il y a de plus merveilleux ; parce que ne pas avoir d’enfant lorsqu’on pourrait, alors que tant de gens en veulent et ne peuvent pas en avoir, ça serait égocentrique ; parce qu’il n’y a rien de plus beau que de donner la vie. Comprends-moi bien, je suis d’accord sur le merveilleux de la chose, mais il y a des nuances à apporter.
Le monde dans lequel tu naîtras – ou non – est rempli de beauté, d’endroits à découvrir, de gens à rencontrer, d’expériences à vivre. Je veux les vivre, je veux toucher, sentir, goûter ce monde avant de le donner à quelqu’un d’autre, afin qu’un jour, si jamais tu existes et que tu pars toi-même l’explorer, je ne ressente rien d’autre que de la fierté. Je veux avoir vécu le monde pour ensuite, peut-être, un jour, te l’offrir sans amertume, sans jalousie des choses que je n’aurai pas pu accomplir. Je veux prendre le temps d’être moi avant de t’aider de mon mieux à devenir toi.

Parce que si je t’ai un jour, je voudrai t’enseigner le respect, de toi et des autres, et la force de peser ses mots et ses actions. Le fait de me demander pourquoi je désire un enfant – ou non – avant de passer à l’action ne fait pas de moi une personne égoïste, mais bien une personne censée. Il n’y a pas de mal à réfléchir avant d’agir ; plusieurs devraient essayer.

Si je choisis de t’avoir, ce sera parce que j’aurai développé ce désir de créer quelque chose de beau qui sera un peu de la personne que j’aime, un peu de moi et un peu d’une toute nouvelle personne. Une page blanche. Un cadeau de nous au monde. Ça ne sera pas parce qu’on commence à me demander : « C’est pour quand? » dans les partys de famille, pas parce que je vieillis et « qu’y faudrait ben », pas parce que mes parents auraient aimé en avoir plus, sans en avoir la chance.

Et si je choisis d’être moi, uniquement, sans extension, je pense que tu comprendras. Parce qu’en décidant de ne pas t’avoir, je prendrai aussi cette décision avec de l’amour et de la raison. Je la prendrai pour nous. Et si toi, tu comprends, le monde devra bien se faire à l’idée aussi.

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