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Les Crépus au théâtre – Lucky Lady

La Bordée présentait mercredi dernier, en première, sa dernière pièce de la saison 2017-18 : Lucky Lady, un texte de Jean-Marc Dalpé mis en scène par Patric Saucier. Disons que loin de s’essouffler, La Bordée gardait tout simplement le meilleur pour la fin. Une prestation sans faille, un divertissement incroyable (on rit à se donner des crampes aux abdominaux) camouflant une pièce profonde qui mérite qu’on lui consacre toute notre attention intellectuelle.

Il y a de ces films, de ces livres et de ces pièces qui nous parlent directement, qui nous rejoignent sans qu’on ait fait un pas vers eux. Des œuvres qui nous parlent de nos vies, de notre environnement; des œuvres qui parlent comme nous, des œuvres qui nous représentent. Lorsqu’elles viennent à nous, on en oublie d’être des spectateurs, on entre et on se perd en elles sans s’en rendre compte, on dirait qu’on aurait pu les créer nous-mêmes.

Lucky Lady, c’est tout ça! C’est une gang de puckés, de ratés qui rêvent. Cinq personnages qui se démènent pour réaliser quelque chose avec rien d’autre que leur langue de tout-croche, leurs sacres sur le bord des lèvres, leurs petites expressions qui leur permettent d’avoir une personnalité – une vraie! Parce qu’à défaut de voir un show de winner, on nous donne à voir des personnages à la fois ridicules et émouvants, grands dans leur petitesse, inoubliables malgré leur drame anonyme.

Pour toutes ces raisons, il faut souligner le brio de ces acteurs qui portent un texte exigeant et survivent à une mise en scène qui n’est pas en reste de ce côté. Il s’agit de Jean-Michel Déry, de Lauren Hartley, de Valérie Laroche, de Simon Lepage et de celle qui nous livre un monologue qui vaut le billet d’entrée à lui seul, Frédérique Bradet. Il y avait un risque avec ce texte, c’était de faire réduire les personnages à de bouffons et rien d’autre, alors que, derrière leur ridicule, ils cachent une profonde humanité, une belle naïveté. Les acteurs et le metteur en scène ont su rendre la complexité du texte.

Parlant de ce texte, moi qui ne connaissais pas Jean Marc Dalpé, mea culpa, je fus littéralement soufflé par sa force. Nous ne sommes pas dans le minimalisme et les non-dits, ça non! Ici, tout sort et tout sort avec des mots vrais, des mots de cabochons cabochés, des mots qui reflètent l’excès des petites gens qui n’ont de grandiose que leurs rêves. Vous savez que vous avez affaire à quelque chose de grand quand vous n’êtes plus sûrs si vous êtes en train de rire ou de pleurer durant un spectacle. Il y aurait des parallèles à faire avec les meilleurs textes de Michel Tremblay, ça crève les yeux. Voilà donc une œuvre qui nous parle de nous, de notre peuple, qui n’a pas peur de nous confronter à nos travers et nos ridicules sans pour autant nous en écœurer et nous enlever notre fierté.

Divertissement autrement profond! Le laisser-aller intellectuel comme porte d’entrée insoupçonnée à des réflexions très lucides. Chapeau et bon succès à Lucky Lady!

Crédit photo de couverture: Nicola-Frank Vachon

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