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Le « ghosting »

Quand j’étais plus jeune, mon imagination fertile me donnait parfois l’image d’apparitions d’outre-tombe se terrant dans les recoins les plus sombres de ma vieille maison. Chaque planche qui craquait, chaque porte restée entrouverte alors que j’étais sûre de l’avoir fermée, chaque ombre que projetaient mes meubles semblait être l’œuvre d’un fantôme malicieux.

Bien qu’encore enfant, mon côté rationnel réussissait à trouver des explications logiques pour expliquer ces phénomènes étranges, si bien qu’en vieillissant, j’ai fini par cesser d’avoir peur et de croire aux fantômes et autres mauvais esprits.

Évidemment, c’était avant de faire mon entrée dans le monde du dating : j’ai réalisé qu’il existait d’autres types de « fantômes », et que ceux-là, pouvaient faire plus peur et plus mal que ceux tirés des films à la Paranormal Activity.

Je fais référence ici bien sûr à cette fameuse (et affreuse) tendance qu’est le ghosting. C’est quoi ça, au juste? C’est simple – et c’est peut-être ce qui explique pourquoi autant de personnes optent pour cette option. Le ghosting, c’est lorsque tu décides de simplement disparaître de la vie de la personne que tu fréquentes, sans donner de nouvelles ou d’explications, parfois du jour au lendemain. C’est devenir en quelque sorte un fantôme.

Beaucoup moins sympathique que Casper, n’est-ce pas?

Pour l’avoir déjà vécu, je te confirme que c’est une situation blessante, peu importe le nombre de temps passé avec la personne ou l’intensité de la relation. À mes yeux, il n’y a rien de pire que l’ignorance : ne pas savoir, ça laisse la place à la création de mauvais scénarios mentaux pour tenter de trouver une explication qui, au final, ne font que te ronger de peine. On en vient à se rendre coupable, à s’imaginer que c’est nous le problème, à repasser des souvenirs et des moments pour tenter de mettre le doigt sur un problème, sur quelque chose qui aurait pu être mal perçu.

Parce que c’est ça, tu vois, le problème avec les fantômes : ils te hantent. Tourner la page, comprendre et avancer est un besoin et un droit que nous avons tous. Toutefois, lorsque plusieurs questions restent sans réponses, que l’on a même pas droit à un sincère « je suis désolé, ça ne pourra pas marcher entre nous car… », c’est un processus qui peut devenir beaucoup plus difficile. On tombe parfois dans le piège d’attribuer le départ soudain de la personne à quelque chose qu’on aurait pu faire ou dire, mais en réalité, on ne devrait jamais en aucunes circonstances tenter de justifier un comportement qui manque de classe et de respect.

Peur de l’engagement? Manque d’habiletés relationnelles? Fuir ses sentiments? Difficile de bien saisir les raisons qui poussent une personne à ghoster quelqu’un. Une chose est certaine, c’est que ça peut avoir plusieurs impacts sur la personne qui est laissée dans un silence assourdissant. On se sent idiot; comment a-t-on pu y croire? La confiance est minée, et les mauvais souvenirs des fantômes de notre passé continuent à nous guetter par-dessus notre épaule, insidieusement, nous faisant parfois douter des intentions d’un nouveau prétendant.

Moi, j’ai décidé de ne pas me laisser effrayer par ces fantômes. Dans un monde de facilité où renoncer sans rien dire est la porte de sortie la plus accessible, je choisis plutôt d’appliquer une politique d’honnêteté et d’authenticité. Parce qu’on a affaire à des humains qui méritent un minimum de respect et de vérité, pour ne pas gaspiller de temps, s’éviter du mal inutile et leur permettre d’avancer. Parce qu’une fin de relation, ça ne devrait pas automatiquement avoir des airs de film d’épouvante!

J’ai compris que les fantômes ne se cachent pas dans les manoirs à l’abandon ou dans les cimetières. Ils revêtent plutôt la peau de jolis garçons sur un profil Tinder ou dans un bar tard le soir. Et je crois sincèrement que c’est l’une des plus tristes tendances de notre époque. Pour ce genre d’esprits malveillants, on ne peut pas faire appel aux Ghostbusters, malheureusement : c’est plutôt notre vision des relations qu’il faut modifier, en apprenant à mieux communiquer et à se faire face.

One thought on “Le « ghosting »

  1. Texte très intéressant, avec une nuance toutefois, les filles aussi peuvent être des ghosts ! C’est un phénomène qui concerne moins les gars que notre génération en entier je crois.

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