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Les floricoles

Le scarabée est un insecte qui se nourrit presqu’uniquement d’excréments d’autres animaux et de matières en décomposition. Pourtant, ironiquement, sa carapace, d’une beauté transcendante, aspire toutes les couleurs du monde pour les arborer si gracieusement, sous un vernis éclatant.

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À travers cette métaphore d’insecte, je me suis reconnue. La luciole dégringole.

Les artistes, dans une époque de noirceur où le tourbillon explosif de la laide réalité nous assaille, remplissent la tâche essentielle de créer la beauté. Naissance d’un grand espoir dans un petit tas de cendres. Ou d’un phénix flamboyant, comme dans Harry Potter. L’art, au cœur des ruines et déceptions de notre monde, sert à nous rappeler que tout vaut la peine d’être réparé et sauvé. Même nous-même.

Je me suis reconnue. La luciole s’affole.

Vous reconnaitriez-vous si je vous parlais de la mort d’un amour? Et de la tentative désespérée à le magnifier pour ne pas ternir la mémoire des moments magiques encore en suspens?

Au début, c’est une sensation de vertige qui prédomine, comme si l’âme se perdait dans le corps trop grand et lourd de larmes. On devient tout plein d’eau et l’on s’échoue, achevé sur une rive comme une baleine à laquelle se soustrait une nageoire.

Après cela, le sommeil n’est plus fatigué. Il s’est envolé à ses côtés. On souffre pour se rappeler que la beauté existe. Parce que sinon on l’oublie. Et l’on continue de pleuvoir dans ses yeux secs, les gouttes qui défilent sur sa cornée impénétrable comme sur les vitres d’une voiture pendant les torrents qui, à leur passage, aspirent toute la vie qui nous reste. Cristallisation des perles furtives sur nos joues, salinisation de nos oreillers imbibés.

Sombrer dans l’amour volatilisé par un coup de vent trop fort. Les mots sonnaient bien dans sa bouche et je les entends encore résonner dans ma tête. Dévalant sa langue, ils se comportaient comme les particules diaprées contenues dans un kaléidoscope. Peu importe leur composition et leur disposition, ils créaient à leur rencontre, des vitraux lumineux somptueux. Tes songes, tes paroles tels des confettis irisés de sagesse éparse.

Ensuite, les intestins se déroulent, ils se meuvent. Danse exotique, pharaonique. Et, brusquement, se nouent autour du cœur. Me serrent trop fort comme son corps sur le mien.

Le cycle sempiternel des maladies mentales du cœur.

Entretenir la beauté dans la souffrance est essentiel et vital. Pour cela, il y a l’art qui donne sa bénédiction sur les bonnes choses pour qu’elles prennent fin dignement. Alors on écrit, on peint, on excuse, on crée de belles choses. Paillettes, couleurs, pinceaux, défoulement. Et on les lui envoie. On s’accroche à l’art pour porter le fardeau ombrageux, on lui livre tous nos nuages trop denses, on cherche le souffle de la paix au travers des méandres de l’expression artistique. Ça nous attendrit.

L’art insuffle la liberté de détruire ce qui nous écrase et de rendre tous nos fantasmes accessibles. Réceptacle de lumière duquel s’échappe la nitescence divine, endroit où se déposer émotivement, entre les colonnes trop droites et solides de nos vies figées, privées d’espace et de temps. Un exutoire à tous nos maux, un moyen de jouir de la conscience d’une autre dimension lointaine en retrait du ronflement éternel de nos vies effrénées.

Je me suis reconnue. La luciole s’envole sereinement.

Nous sommes tous construits de mécanismes internes différents, mais pour ce qui est de moi, l’art m’a repêchée et m’a empêchée de chuter trop longtemps. En lui donnant mon art, à cet homme désagrégé de ma réalité, je lui ai doucement montré mon âme. Je me suis donné le droit de partir comme un oiseau de paix dans le ciel et de guérir. Ç’aura été la seule option pour rendre hommage à cette relation unique que je chéris encore aujourd’hui.

Propagez le Bien, faites l’Amour, mais surtout l’Art.

La luciole, cette satanée bestiole trop frivole, elle s’accroche à toutes ces choses follement attirantes, parasites sensuels, puis elle finit déchirée. Mais tel le scarabée, elle s’imprègne de la laideur et de la souffrance, fabrique la beauté et s’en sort plus jolie, plus vibrante. Plus toute.

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