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Maman, t’avais raison

Ma mère et moi, on s’est souvent chicané. Je n’ai jamais été une adolescente difficile : j’étais une athlète, j’étais à mon affaire, je ne sortais pas… bref, rien à me reprocher. Sauf une chose : j’étais l’ado typique quand on en venait à ma mère. Elle ne pouvait rien dire, elle ne pouvait rien faire. Même quand elle n’avait pas tort, à mes yeux, elle n’avait pas raison. Elle m’aurait dit de faire attention, que le rond de poêle était encore chaud, que je me serais mise la main dessus assez longtemps pour lui prouver qu’une brûlure au troisième degré, ça ne fait pas si mal que ça.

Vous voyez le genre?

Du haut de mon quart de siècle (et des poussières) de maturité, je suis consciente, aujourd’hui plus que jamais, que c’est moi qui ne sais pas grand-chose. J’apprends la vie : j’en suis au point où j’ai assez vécu pour commencer à avoir de l’expérience, mais pas encore assez pour penser qu’il ne me reste plus rien à apprendre. Il y a une beauté dans le fait de vieillir ; ce qui est dommage, c’est qu’on l’oublie souvent.

Aujourd’hui, je suis au moins capable d’une chose : pour toutes les fois où j’ai dit à ma mère qu’elle avait tort, je peux trouver trois fois où j’aurais du lui dire qu’elle avait raison.

Maman, t’avais raison quand tu m’as dit :

Que trop, c’est comme pas assez

Qu’on parle de maquillage, de tatouages, de piercings, d’histoires d’un soir… tu avais raison quand tu m’as appris que les choses qui se laissent désirer sont celles qui valent la peine ; qu’il faut apprendre à doser. Je l’ai compris plus tard en réalisant que passer chaque seconde de mon existence avec mon chum, c’était un peu trop, en me regardant la face dans un bar à 3h30 et me disant que, finalement, le dernier verre était de trop, quand j’ai constaté que l’autobronzant sur mon teint de lait, c’était définitivement trop. Ça a été long, mais le message a fini par rentrer.

Que le temps arrange les choses

J’ai tellement détesté cette phrase. Ça me semblait si vague, une phrase préfabriquée, servie à toutes les sauces, une phrase qui, au fond, ne voulait pas dire grand-chose. L’affaire, c’est que c’est difficile de comprendre tout le bien que peut apporter le temps, quand on en a vécu si peu. Avec une dizaine d’années de plus derrière la cravate, je peux voir aujourd’hui comment tu pouvais avoir une perspective tellement plus large sur mon petit chagrin qui, me semblait-il, allait durer toujours. Merci de me l’avoir rappelé. Merci de ne pas avoir été condescendante quand je ne voulais pas écouter. Merci d’avoir compris que j’avais besoin de temps pour apprécier les bienfaits du temps.

Que c’est impossible (et pas nécessaire) de plaire à tout le monde

Je pense que celle-là, c’est la plus importante, la plus inévitable et celle qui me rebutait le plus. L’adolescence est la période où on a besoin de se faire accepter, de porter la même marque que nos amis, d’écouter la même musique, d’aimer les mêmes séries télés. Merci de m’avoir encouragé à suivre les passions qui me rendaient unique, de m’avoir poussé dans des sentiers qui n’étaient pas ceux que tous empruntaient, de m’avoir réconfortée dans le fait que c’est bien d’être différente ; qu’un jour, « différent » serait populaire ; qu’un jour, « unique » serait valable.

Merci aussi de ne pas m’avoir forcée à être unique tout de suite, d’avoir attendu que je sois prête à l’être. Merci de m’avoir fait comprendre que j’étais la seule à pouvoir tracer ma voie ; que mon instinct était celui qui primait ; qu’il fallait apprendre à s’écouter soi-même avant d’écouter les autres ; qu’il fallait s’écouter, avant même d’écouter sa mère.

Aujourd’hui, je marche droit vers un but qui change continuellement, mais dont je suis la seule directrice. Je suis indépendante, je suis mesurée et je sais que mes décisions et mes passions sont ultimement des choix qui me reviennent et en lesquels je devrais avoir confiance. J’ai mis du temps à réaliser ça, mais, comme une grande sage me disait souvent, le temps fait bien les choses.

Alors, voilà. Ma mère avait raison souvent et je suis certaine que la tienne aussi. Appelle-la donc, aujourd’hui. Dis-lui donc merci.

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