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S’aimer pour aimer

J’ai eu ce flash par une nuit d’insomnie : j’ai passé des années à dormir sans m’aimer. À être éveillé sans m’apprécier. À tenter de comprendre ce qui me faisait sentir de cette façon. Sans réponses. Comment quelqu’un avec une bonne estime de soi comme je croyais posséder peut en arriver à ne pas s’apprécier à ce point? Le jeune amoureux que j’étais a finalement compris. Compris via mes relations amoureuses que j’allais développer. À tout le moins, tenter de le faire.

Entre mon moi passé et mon moi présent, gisait-là le cadavre de mon amour-propre. J’arrive encore difficilement à me défaire de cette image. Moi, le jovial, le dynamique, le positif, qui ne cherche qu’à rendre un bon moment simple en un moment extraordinaire tout le temps. Tout ce temps où je me suis battu moi-même à essayer de régler tous mes tourments, pendant que défilaient devant moi des bonheurs que je n’ai même pas pu voir ou identifier tels quels.

J’en ai passé, des nuits éveillées à me questionner.

Et qu’arrive-t-il lorsque l’amour pour soi n’y est pas? L’amour sincère et vrai pour l’autre y est encore moins.

J’ai dû retourner fouiller bien loin et me demander qu’est-ce qui fait qu’on a déjà dit « Je t’aime, mon amour. » en le croyant au plus profond de ses tripes et d’en arriver à ne plus comprendre pourquoi on a aimé?

Seulement la vie qui fait son chemin serait une réponse acceptable.

Pas ici. Pas pour moi.

J’ai déjà vécu des relations passionnées et intenses. Un volcan intérieur qui brûle d’une façon si violente que t’en viens à te demander s’il ne réussira pas à provoquer une combustion spontanée de ton corps entier. Que la durée se soit calculée en années ou en semaines, quelques secondes ont pu suffire pour que tout s’éteigne.

J’ai aimé quelques fois pour une nuit, une semaine ou un été. Souvent pour de mauvaises raisons, mais jamais sans envies profondes. Mais je ne m’aimais pas. Je ne les aimais pas. Pas comme cela aurait dû être dans de meilleures dispositions.

« Comment pourrais-je aimer quelqu’un à nouveau? » a souvent fait partie de mes questionnements nocturnes. Je me suis réveillé en sursaut au milieu de mon rêve, cette nuit-là, le cœur me résonnant dans les tempes. Ça me troublait beaucoup plus que je le croyais.

Toute la journée suivante, ça m’a obsédé.

Je venais de me rendre compte que toutes ces années à dormir avec le spectre de l’amour, quelques fois au matin à mes côtés, m’avaient légué une peur de l’amour. Une peur qui me faisait placer à deux mains un oreiller sur la moindre émotion amoureuse qui avait l’audace de se pointer le bout du nez.

Il y a quand même eu ces beaux moments où tout est parfait toujours. Parfait au point de se dire que ce ne pourrait être autrement, et c’est alors que « l’autrement » se pointait.

Comment une relation pouvait passer à ce point d’un extrême à l’autre avec cette même personne? Penser aux roulements de yeux et aux soupirs de celle qui, il n’y a pas si longtemps, s’esclaffait à la moindre niaiserie de notre part. Un jour, cette personne, celle-là même qui avait des papillons au ventre au son de notre voix, celle qu’on aurait suivie si l’idée lui était venue de faire l’aller-retour Québec-Beyrouth pour prendre un café, qui ne pouvait se tenir en bobettes à nos côtés plus de 30 secondes sans qu’elle les perde, nous laisse indifférent. Comme ça, tout d’un coup, au fil du temps. Ce temps qui peut souvent être aussi court que sa mèche nous concernant.

Malgré tout ça, j’ai quand même aimé de tout mon cœur et de toute ma tête. Beaucoup de hauts qui rendaient les bas encore plus atroces. J’ai vécu des disputes où le désir d’en sortir vainqueur à tout prix nous a fait s’éloigner. Des « bonne nuit » en cuillère à couteaux tirés. C’est là que l’amour en vient à s’éteindre d’une façon où le cœur est bien souvent le dernier à l’apprendre.

Comment ensuite pouvoir dire à nouveau « Mon amour »? En se réconciliant avec l’amour lui-même je crois bien. Ça aura fonctionné pour moi. J’ai repris le contrôle de mes sentiments et mes émotions trop souvent non-respectées par moi le premier. J’ai eu des exemples devant mes yeux de couples solides et invincibles qui se sont effondrés au moindre coup de vent. Je n’ai pas l’œil expert pour ce genre d’amour public.

Le temps et l’âge aussi, probablement, ne me donnent plus envie de tout garder à l’intérieur. D’étouffer mes sentiments, mes réflexions. Personne ne le devrait. À moins d’aimer les volcans en éruption un jour ou l’autre. Ça peut être agréable à regarder, un volcan de loin. Alors que ça peut aussi faire d’énormes ravages de trop près.

Le plus grand adversaire d’un amour fort est lorsque les points faibles le sont davantage. L’amour doit s’allier de résilience et de compréhension. J’ai déjà demandé à une jolie vieille dame célébrant ses 50 années de mariage comment avaient-ils fait pour que leur couple en soit là. Vous seriez surpris de sa réponse.

Deux personnes différentes qui décident un jour de s’unir. De s’unir avec leurs forces et leurs faiblesses, de s’aimer au fil du temps. Deux personnes qui devront un jour ou l’autre, malgré tout, arriver à une intersection et se demander « On fait quoi…? Où on va…? » Le chemin de chacun est souvent dicté lorsque tu ne fais plus de l’autre une priorité, ta priorité. Y a des choix à faire et des décisions à prendre pour en arriver au bonheur, et bien souvent une seule pour se retrouver devant le malheur.

On en vient à oublier qu’il y a deux êtres qui font le choix que le bonheur de l’autre sera important. Important, mais jamais complètement au détriment du sien. Y a assurément des concessions à faire, mais lorsque l’amour sincère, réciproque et vrai y est, on n’a pas tout à fait l’impression de concéder.

Y a pas de recette magique. Ou peut-être que si, finalement. Peut-être celle que cette jolie vieille dame m’avait répondue : « Notre vin goûte mutuellement l’eau. Tout simplement. »

C’est parfois tellement simple pour certains. Ce l’est devenu pour moi à ma façon. J’ai retrouvé l’amour. L’amour de soi avant tout et l’amour de l’autre maintenant. Cet amour qui constitue ma priorité. Mes nuits ne s’en portent que mieux depuis que j’aime qui je suis, ce qui se reflète maintenant sur comment j’aime celle avec qui je suis.

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