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Je n’ai plus envie de porter un soutien-gorge

Je l’ai beaucoup aimé, même s’il me rendait inconfortable. Il m’a permis d’avoir confiance en moi. Maintenant, je me sens prisonnière. Je me sens emprisonnée par un bout de tissus que je porte depuis mes 11 ans, un bout de tissus que la société me demande de porter en tant que femme. Voici pourquoi les soutiens-gorge et moi, c’est devenu compliqué.

J’ai 18 ans et ma relation avec les soutiens-gorge a changé, je n’en veux plus. Je pense bien n’avoir jamais dit que je trouvais les soutiens-gorge confortables. J’ai toujours trouvé qu’on respirait mieux sans. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours adoré enlever mon soutien-gorge à la fin de la journée. En vieillissant, ce moment de la journée est devenu de plus en plus tôt. Depuis près d’un an, je n’en porte un que pour sortir de chez moi et ça, presque uniquement en semaine, mais je camoufle tout de même mes seins le mieux possible le samedi et le dimanche par peur du regard des autres sur moi.

Ça peut sembler ne pas être un enjeu de taille pour certains. Pour moi, c’en est un. Jamais, durant mes années au secondaire, j’ai pensé une seule seconde à ne pas mettre de soutien-gorge pour sortir de chez moi, c’était juste inimaginable. Je ne crois pas que ce soit normal! Je ne crois pas que ce soit normal que ça n’ait jamais été un choix, que je n’aie jamais pensé pouvoir décider par moi-même ce que je voulais faire avec MON corps. Je crois qu’on devrait détruire cette idée, c’est-à-dire le fait de prendre pour acquis qu’on doit mettre un soutien-gorge quand on a des seins. Je crois que nos pensées doivent évoluer suffisamment pour que, dès la préadolescence, le fait de commencer à porter le soutien-gorge soit un choix personnel, non un choix de société. On prône tellement le fait que notre corps nous appartient, que lorsque c’est NOTRE corps, c’est NOTRE choix. Ça devrait être la même chose dans ce cas, on ne devrait pas se sentir contraintes par la société.

Je respecte totalement la décision de porter le soutien-gorge. Je dois tout de même souligner les fausses croyances que nous avons par rapport à l’utilité de ce tissus et les mauvais effets qu’il peut avoir. D’abord, on semble oublier que nos seins ont une aptitude naturelle à se tenir sans l’aide d’un quelconque soutien face au phénomène de la gravité. En effet, en étant constamment soutenus, donc sans les stimulations de la pesanteur et de nos mouvements, les tissus de nos seins s’étiolent, se ramollissent et deviennent plus faibles. Cela rend plus facile le déclenchement de la ptôse mammaire, l’affaissement des seins dû au relâchement des ligaments qui assurent leur fixation. Comment je l’interprète? Le soutien-gorge crée un besoin, alors je me sens encore davantage prise au piège. De plus, il y a plusieurs autres effets négatifs qui sont mis de l’avant si vous voulez faire des recherches, dont certains sur la circulation sanguine.

On peut penser lorsqu’on a une plus forte poitrine que le fait de ne pas porter de soutien-gorge est impossible ou douloureux. Par contre, le problème est souvent que, même avant d’avoir une forte poitrine, on porte déjà un soutien-gorge, donc nos tissus sont déjà plus faibles, mais il n’est pas trop tard. On peut faire notre transition graduellement, avec des alternatives au soutien-gorge, jusqu’à l’éradiquer complètement.

Tout de même, pour moi, c’est bien plus qu’une question de santé et de physique. En étant trop gênée par le regard des autres pour faire ce que j’ai véritablement envie de faire, c’est-à-dire ne plus porter de soutien-gorge, j’ai l’impression de me laisser contraindre par l’hypersexualisation du corps de la femme. Je n’ai pas envie d’être victime de la sexualisation à outrance de la poitrine féminine et particulièrement du mamelon, surtout que tout le monde en a! Je pense que le rapport que la société semble avoir avec le soutien-gorge en dit beaucoup et est directement lié à d’autres enjeux comme ceux pointés par le mouvement des Carrés Jaunes.

Finalement, c’est bien correct si toi tu aimes porter un soutien-gorge. Pour moi, c’est juste inimaginable d’un jour « aimer » ça. En fait, je viens tout juste de me rendre compte que je n’étais pas « ok » avec le fait de ne m’être jamais demandé ce que, MOI, je voulais à ce sujet. J’ai juste fait ce que je pensais « devoir » faire, porter un soutien-gorge. Maintenant, je me sens plus que physiquement inconfortable, je me sens psychologiquement contrainte. J’ai envie de dépasser mes peurs et de m’émanciper.

Crédit illustration de la photo de couverture: Les Folies Passagères

Crédit photo: Claude Baillargeon

3 thoughts on “Je n’ai plus envie de porter un soutien-gorge

  1. J’avoue que j’y pense de plus en plus à ne plus porter de soutien-gorge. Je bloque encore à cause de ma forte poitrine, mais c’est rafraîchissant de voir un texte comme ça! Merci!

  2. Super article, il faut le partager pour permettre à chaques jeunes filles, adolescentes et femmes d’avoir la liberté d’etre Libre d’etre Seins libres sous leurs hauts même si cela se voit.
    Pour une desexualisation des seins, des tétons.
    Le no bra est le combat pour dire stop au harcèlement de rue.
    @vivrenobra

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