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Terre des hommes, une compagnie de théâtre à découvrir absolument

Une présentation du Carrefour international de théâtre de Québec au Théâtre La Bordée
Plus qu’une représentation : dimanche 3 juin 19h30 | 1h00 (sans entracte)

Le cinquième spectacle de la compagnie Terre des hommes. Hamlet_Director’s Cut, c’est toujours la pièce Hamlet de Shakespeare mais réduite à un seul personnage — Hamlet — et à une heure plutôt que trois-quatre. Deux éléments du personnage ont guidé la production de ce spectacle : le doute et le rôle d’Hamlet comme metteur en scène. Puis, c’est un peu l’allégorie de la caverne de Platon mais ici afin d’incarner les limites de la connaissance, donc cette recherche de vérité par Hamlet.

Hamlet director's cut
© Benoit Beaupré

Par cette référence à la mise en scène, le texte en soi rappelle le public aux fondements mêmes des dispositifs, aussi bien scéniques, scénographiques que de jeu, mis de l’avant et créés dans et pour cette pièce. Quand Hamlet scande : « On oublie jusqu’au sens du mot action. » Oui, l’action, c’est ça. C’est le comédien qui entre en scène, puis c’est également l’un des mots d’ordre du cinéma, de la vidéo. Ici, l’action se trouve non seulement incarnée dans le jeu [impeccable et très juste, en passant] de Marc Beaupré mais également dans cette projection symbolique et vivante. Quelle performance! Beaupré ne voit même pas le public, le dispositif est son partner de jeu et tout est généré en direct. Il mentionnait que « l’idée, c’est de faire en sorte que tout se morde la queue. C’est ça qui est aliénant. »

Hamlet director's cut
© Benoit Beaupré

Le comédien Marc Beaupré joue avec le dispositif (en l’occurrence la motion capture live), notamment pour signifier la présence d’autres personnages. Autrement, il arrive qu’il en incarne deux à lui seul, par exemple lors d’un combat. Il n’use parfois que de quelques gestes pour signifier des pages et pages du texte original, si l’on pense notamment au personnage qui en moins de cinq secondes est fait prisonnier [mains jointes aux poignets] et libéré [mains libres] puis refait prisonnier [mains rejointes]. Les rires du public étaient au rendez-vous! La pièce est vulgarisée énormément; il y a plein d’intrigues qui sautent.

Hamlet director's cut
© Benoit Beaupré

Parfois, la projection le fait apparaîre tel un spectre, un fantôme, sinon même tel un personnage mythique statufié les bras levés, figé en arrière-plan. Le tableau créé se trouve à balancer de gauche à droite alors que le public est transporté dans un navire. La projection défile au cours de la chute, du saut, d’Hamlet dans la tombe d’Ophélie. Il reste que l’équipe y est allée au minimum de la projection; il fallait la risquer cette technologie, mais sans pour autant que la vidéo vienne « voler le show ». Elle n’est donc pas trop léchée. « Les gars sont arrivés vite avec le look Giacometti, esquisses », mentionnait François Blouin (mise en scène, conception vidéo / éclairages / scénographie). Il y a ce côté Muybridge, puis Blouin dit aussi s’être inspiré de Norman McLaren.

Muybridge


Source

L’ambiance sonore figure aussi comme un outil pour suppléer à l’absence d’autres comédiens ou de décors réels. Les bruits du festin (voix, toux, etc.), puis la musique du couronnement ou les criquets à l’extérieur. Pour le petit scoop « dans les coulisses » de cette production, mentionnons ledit petit côté hitchcockien de François Blouin qui a un code pour communiquer les possibles bogues techniques à Marc Beaupré sur scène.

— Un coq qui chante : il y a un bogue avec la caméra.
— Le coq chante une seconde fois : tout est rétabli.
— Un chien aboie : il n’y a plus de motion capture.
— Un corbeau croasse : il n’y a plus de vidéo du tout.

Jusqu’à maintenant, jamais le coq n’a chanté.

Pour la suite, l’équipe de Terre des hommes travaille sur deux nouveaux spectacles : un spectacle mi-dramatique mi-clownesque d’Œdipe roi (Œdipe Roi_lipsynch) ainsi qu’une relecture « bédéesque » et radiophonique de Lorenzaccio d’Alfred de Musset (Lorenzaccio_solo).

Hamlet, la pièce la plus montée au monde, vous en connaissez le laïus d’« être, ou ne pas être ». Laissons-nous sur un passage qui suit cette fameuse déclaration.

« La terre inconnue dont personne ne revient, qui réduit en pièces la volonté,
Et nous fait plutôt supporter nos maux familiers
Que nous envoler vers d’autres qui nous sont inconnus.
Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches;
Et ainsi les couleurs vives de nos résolutions
Blêmissent à la pâleur mortuaire de nos pensées,
Et de par cette considération, les plus ardentes entreprises
Se détourne de leur cours,
Et perde le nom d’action – calme-toi maintenant ! »

© photo de couverture : Benoit Beaupré

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